Hors Frontières

Jersey

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Jersey est la plus grande des îles Anglo-Normandes, dont la capitale est Saint-Hélier. Sa superficie est de 118,2 km2 et elle est peuplée de 100 080 habitants. Elle appartient au bailliage de Jersey.

Il y a 180 000 ans, Jersey se présentait comme un plateau rocheux dans la plaine qui s’étendait à la place du nord de l’actuelle Manche. Des chasseurs de mammouths et de rhinocéros fréquentaient certaines cavernes des falaises de Jersey.

Devenue île il y a environ 8 000 ans avec la montée des océans induite par la fonte des calottes glaciaires, elle fut colonisée par des fermiers néolithiques qui y construisirent les dolmens et monuments funéraires et culturels que l’on peut encore admirer aujourd’hui.

Des caches de pièces de monnaie démontrent la colonisation de l’île par des tribus celtiques vers 300 av. J.-C.

De la période gallo-romaine, il reste peu de traces, mais on a trouvé des preuves archéologiques qui témoignent de l’existence de commerce entre les tribus celtiques de l’île et le continent.

Au VI èm siècle, selon l’hagiographie, Saint Hélier aurait évangélisé Jersey, demeurant une quinzaine d’années sur un rocher dans la baie de la ville avant son martyre aux mains de pirates. Le village construit autour de l’église fondée à sa mémoire sur les dunes de la côte voisine est devenu la ville de Saint-Hélier, capitale de l’île. Une chapelle médiévale, l’Hermitage de Saint-Hélier, construite sur le rocher sur lequel le saint est réputé avoir vécu, se visite chaque année le 16 juillet, fête patronale, avec pèlerinage municipal et œcuménique.

Lors de l’émigration massive des Bretons vers les côtes de l’ancienne Armorique au vie siècle, ceux-ci peupleront les îles de la Manche qui étaient sur leur chemin.

Les incursions des Vikings et l’établissement consécutif de colons anglo-scandinaves ont marqué la toponymie de l’île. L’île qui dépendait traditionnellement de l’évêché de Coutances, lui-même dans l’archidiocèse de Rouen, a été naturellement incorporée au duché de Normandie après 933, tout comme l’Avranchin et le Cotentin qui avant la domination bretonne faisaient partie de la Neustrie. Elle fut donnée par le roi de France (avec l’Avranchin et le Cotentin, dont elle dépendait) au duc de Normandie Guillaume Longue-Épée, à charge pour lui de les conquérir.

La conquête de l’Angleterre en 1066 a lié l’île pour la première fois à la Couronne d’Angleterre. L’humour jersiais relève que les jersiais ont battu les anglais en 1066 et donc que « l’Angleterre appartient à Jersey et non l’inverse ».

En 1155, l’abbaye de Saint-Hélier a été fondée sur l’îlot à côté de l’Hermitage de Saint-Hélier.

En 1204, le roi de France Philippe-Auguste conquiert la Normandie. Les îles de la Manche restent sous le contrôle de Jean sans Terre, roi d’Angleterre et duc de Normandie. Désormais, il y aura une Normandie continentale et une Normandie insulaire, séparées. Le roi d’Angleterre sera considéré comme duc de Normandie dans les îles. Les Constitutions du roi Jean Sans Terre assurent les libertés et l’autonomie des îles – c’est l’origine du gouvernement de Jersey.

Sous le règne d’Élisabeth I d’Angleterre, le Seigneur de Saint-Ouën, Hélier de Carteret, reçoit la seigneurie de Sercq sous condition qu’il colonise l’île inhabitée afin de protéger Sercq contre des bandes de pirates qui se servaient de l’île comme base d’opérations. C’est avec 40 familles de Saint-Ouën que Carteret a établi le petit État, demeuré féodal jusqu’en 2008.

Nommé gouverneur de Jersey, Walter Raleigh (1554-1618) modernise les défenses fortifiées de l’île pour tenir compte de l’usage du canon.

Lors des perturbations de la guerre civile d’Angleterre, Jersey accueille Charles, Prince de Galles, héritier au trône. À la suite de l’exécution de son père, Charles Ier, le prince est proclamé roi sur la place du marché de Saint-Hélier le 17 février 1649. Jersey est donc le premier pays à reconnaître le nouveau roi. Après la restauration de la dynastie en 1660, le roi Charles II montre sa reconnaissance pour l’abri offert par Jersey en offrant la masse en argent que l’on voit aujourd’hui aux séances de la Cour Royale de Jersey et des États de Jersey.

Après la révocation de l’Édit de Nantes en 1685, arrivent nombre de huguenots.

En 1689, le droit de neutralité est supprimé par le Conseil Privé du Roi et de la Reine. En 1736, la bibliothèque publique est fondée.

La bataille de Jersey, le 6 janvier 1781, fut la dernière tentative française de conquérir l’île. Après cette attaque, l’île anglo-normande fut protégée par la construction d’une trentaine de tours rondes.

En 1789, des milliers de réfugiés viennent à Jersey pendant les perturbations de la Révolution française. Au château Mont-Orgueil, le Jersiais Philippe d’Auvergne, duc de Bouillon, organise un réseau d’espionnage contre les autorités révolutionnaires en Normandie et en Bretagne. De nombreux prêtres réfractaires viennent trouver refuge dans l’île.

En 1799 arrivent 6 000 soldats russes.

L’île a été occupée par les troupes allemandes de la Wehrmacht entre 1940 et 1945. Près de 8 000 habitants de l’île ont été évacués vers l’Angleterre, 1 200 habitants de l’île déportés dans des camps en Allemagne et plus de 300 habitants de l’île condamnés à la prison et envoyés en camps de concentration dans l’Europe nazie (principalement à Neuengamme). Vingt de ces déportés y laisseront la vie.

Le jour de la Libération — le 9 mai — est un jour férié, célébré chaque année avec faste. Les îles de Jersey et de Guernesey ont été le seul endroit appartenant à la Couronne occupé par les troupes allemandes pendant la Seconde Guerre.