Le Cap-Vert, plongée au cœur de la surprenante île de Fogo

 

Situé au large des côtes du Sénégal, le Cap-Vert ou Cabo Verde est un archipel d’Afrique composé de dix îles dont une inhabitée. J’ai ainsi pu visiter ce pays de l’indolence et de la tolérance, durant une dizaine de jours et découvrir cinq de ses îles : Santiago, Fogo, Sao Vicente, Santo Antao et Sal, dans ce qui s’avèrera être les incontournables du pays. En voici le récit de ma découverte de l’île de Fogo, certainement la plus surprenante du pays.

Cap Vert Fogo Pico do Fogo

L’organisation du voyage

Alors que nous voyageons en indépendant depuis plus de douze ans, un peu partout autour de la planète, nous avons eu envie pour ce voyage de travailler avec une agence de voyage sur mesure. Nous avons ainsi contacté l’agence Bynativ, dont le siège social se trouve à Paris.

A la différence de nombreuses agences de voyage sur mesure, Bynativ est une agence créée par des voyageurs et non des financiers du voyage ; en outre, l’agence propose des prix parmi les plus compétitifs du marché pour des voyages hautement qualitatifs et correspondant avec précision aux envies des voyageurs.

Bynativ couvre ainsi de nombreuses destinations sur la planète et travaille avec des partenaires locaux qui ont la charge de peaufiner au travers de leur connaissance du terrain, le programme préétabli entre les voyageurs et l’agence. Les partenariats possédés dans les pays avec les prestataires intervenant dans le tourisme permettent l’établissement d’un coût du voyage équivalent à un voyage en indépendant et bien moins cher qu’un voyage collectif. Et ce, pour du sur-mesure. Un point suffisamment rare pour être souligné.

Durant les semaines qui précèdent mon voyage, je peux ainsi être mis en relation avec Telma, une collaboratrice de l’agence NoBai, l’agence locale capverdienne qui s’occupe d’effectuer les réservations de tous les prestataires intervenant dans mon voyage : restaurants, activités, chauffeurs, hôtels.

Pour le vol, nous parvenons à trouver un billet peu cher avec la compagnie TAP Portugal, une compagnie qualitative avec laquelle nous avons de par le passé, voyagé pour nous rendre au Portugal. Le billet Paris Orly-Praia coûte dans sa formule aller-retour, un peu moins de 400 euros avec option bagage en soute. Il se décompose en deux trajets : Paris-Lisbonne pour une durée de 2 h 30, escale à Lisbonne de 2 heures et vol Lisbonne-Praia de 4 h 30 avec une arrivée prévue au Cap-Vert à 00 h 35.

Voici les différents récits photographiques, île après île. Vous trouverez sur ces récits, l’intégralité des photos de manière chronologique de ce que j’ai pu voir.

Récit de Santiago : https://hors-frontieres.fr/recit-de-voyage-cap-vert-ile-de-santiago-afrique/
Récit de Fogo : https://hors-frontieres.fr/recit-de-voyage-cap-vert-ile-de-fogo-afrique/
Récit de Sao Vicente : https://hors-frontieres.fr/recit-de-voyage-cap-vert-ile-de-sao-vicente-afrique/
Récit de Santo Antao : https://hors-frontieres.fr/recit-de-voyage-cap-vert-ile-de-santo-antao-afrique/
Récit de Sal : https://hors-frontieres.fr/recit-de-voyage-cap-vert-ile-de-sal-afrique/

L’arrivée à Santiago

Après une journée de déplacement et un vol de cinq heures, nous atterrissons tard dans la nuit à Praia, la capitale du pays et ville principale de l’île de Santiago. Nous récupérons nos bagages, distribués de manière rapide et rejoignons le hall de l’aéroport dans lequel nous attend Zic, notre chauffeur, une pancarte comprenant nos noms à la main.

Légèrement petit, Zic, tout sourire malgré l’heure tardive nous salue en nous aidant à placer nos bagages dans le coffre de son minibus récent qu’il vient d’acheter il y a moins de deux ans et qui compte déjà 70 000 kilomètres au compteur : « j’ai fait un crédit aux banques et je dois payer près de 7000 escudos par mois, à peu près 700 euros » Zic ou Zico est joignable au 00 238 998 02 57 ou sur le 00 238 919 57 57. Il peut être contacté également sur le zico.daveiga@hotmail.com 

En compagnie de Zic, nous rejoignons en une vingtaine de minutes pour une courte nuit, la pension Sabina, une petite guest-house tenue par un québécois. L’homme, un immigré qui a épousé une capverdienne nous reçoit, fatigué. Il prend le temps de nous sortir du frigidaire qui se trouve dans la cour externe du site, une bouteille d’eau froide et nous accompagne à notre réservation, une petite chambre sans prétention mais néanmoins suffisante pour la nuit.

Moins de cinq heures plus tard, le réveil sonne ; lentement, je m’extirpe de mon court sommeil et rejoint sans traîner la salle à manger que je découvre à l’extérieur non loin du frigo de la veille.

Sont déjà assis, autour d’une table garnie, quatre touristes français d’un certain âge et une néerlandaise travaillant dans le pays et louant une chambre au mois. Affamé, je me sers dans les fruits frais et continue avec une tranche de pain accompagnée de fromage importé du Portugal.

Devant la porte, Zic me fait appeler. Je l’invite à passer à table pour boire un bon café. J’en profite pour demander au propriétaire et son accent inimitable, fusion entre le stentor africain et l’aigu anglo-saxon, la manière de faire pour changer un peu de monnaie, aux alentours de 200 euros, m’évitant ainsi des frais de retraits obligatoires que ponctionnent la majorité des banques françaises.

Je retrouve le propriétaire de la guest house en pleine rue afin de récupérer mes 2200 escudos et file en compagnie de Zic à l’aéroport.

L’aéroport de Praia est un aéroport international ; il possède quelques boutiques à l’extérieur des contrôles de sécurité et un bar dans le hall d’attente de l’embarquement ; il ne dispose pas de smoking room. Comme tous pays qui s’ouvrent au tourisme et qui ne souhaitent pas voir entacher leur réputation, les contrôles se situent dans l’hyper poussif. Pas de briquets en cabine et tous les bagages sont systématiquement vidés et analysés en profondeur en cas de présence de batteries et de câbles. Néanmoins, les contrôles sur les personnes sont peu poussés et je parviens à franchir le portique de détection, un briquet glissé dans ma poche arrière de pantalon.

J’embarque avec la compagnie Binter, une compagnie espagnole qui détient le monopole inter-île, depuis un accident d’avion de la compagnie nationale, il y a une quinzaine d’années, accident qui fut fatal à l’ensemble des passagers, membres d’équipage compris.

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Sao Filipe, la capitale de l’île de Fogo

Dans l’avion, lors de notre embarquement, des petites attentions nous sont proposées : une serviette rafraîchissante et quelques confiseries. L’avion à hélice, omniprésent dans les archipels décolle. Les côtes de l’île de Santiago s’éloignent. J’en profite pour me reposer un court instant. Mais, je n’ai même pas le temps de fermer les yeux qu’un steward me propose un verre d’eau que j’accepte, l’air sec des avions ayant tendance à assécher la gorge. Lorsque je termine mon verre d’eau, je regarde par la fenêtre et découvre l’île de Fogo que nous venons de rejoindre. Je me reposerai plus tard, ne souhaitant pas louper une parcelle de cette vue magnifique.

Au travers des haut-parleurs, un message nous prévient d’un atterrissage imminent. Le pilote place son appareil face à la piste d’atterrissage en effectuant plusieurs mouvements qui nous font passer de l’horizontale à la verticale. Nous pouvons admirer le sol de très près, si près que nous parvenons à visualiser un troupeau de vaches qui broutent dans un champ.

Après un atterrissage sur une piste courte qui nécessite une attention aguerrie des pilotes, nous débarquons et rejoignons à pied l’aérodrome afin de récupérer nos bagages qui nous sont livrés rapidement.

Une fois mon sac sur mon dos, je rejoins l’extérieur de l’aérodrome en compagnie d’Aurélie et Mathieu, deux toulousains fort sympathiques avec qui je me suis lié d’amitié à l’aéroport de Praia et à qui j’ai proposé de m’accompagner dans la découverte de l’île, leur faisant économiser dans le même temps les frais de déplacement jusqu’à la Caldeira, cratère central de l’île qui se trouve aux pieds du volcan Pico do Fogo.

Ensemble, nous faisons la connaissance d’Alcindo qui sera notre guide pour la journée. Alcindo est une des personnalités incontournables aussi bien de l’île que de la caldeira, qui est constituée en grande partie de membres de sa famille. De ce fait, il connaît tout le monde. Cultivé et prévenant, il nous accueille avec un grand sourire. En sa compagnie, nous retrouvons notre chauffeur pour la journée, un jeune homme de 23 ans qui conduit un taxi d’un jaune cru.

Une fois les présentations effectuées, nous nous dirigeons vers la ville de Sao Filipe, capitale de l’île de Fogo. Sur la route uniquement constituée de pavés, posés manuellement et couvrant l’intégralité de l’île, les petits soubresauts, conséquences des cahots de la chaussée, nous plongent immédiatement dans un exotisme redoutable. Et secoués comme des pruniers, nous entrons dans une ville colorée et construite avec un fort dénivelé.

Le chauffeur nous arrête dans le centre historique appelé communément Bila Baxo, qui possède la particularité d’être la seule place urbaine située sans pente. La place est ainsi un point de rendez-vous important de la ville, agrémentée de petits vendeurs à la sauvette proposant des produits de loisirs peu onéreux.

Accompagnés d’Alcindo, nous rejoignons le marché municipal dans lequel, nous découvrons l’ambiance typique du Cap-Vert : poussés à l’achat par des vendeurs usant de leur plus belle voix et des formules les plus mercantiles, les habitants de toute l’île effectuent les courses, puis les transportent par l’intermédiaire des alugers, les taxi-brousses ou autrement appelés les collectivos, des sortes de minibus chargés bien au-delà de leur capacité maximale qui les déposent dans la caldeira, à Mosteiros ou à Salinas, les autres villes importantes de l’île.

En rejoignant le front de mer, nous dépassons des quartiers où le street-art revêt une place importante. Sur les murs, des représentations d’artistes locaux ou des symboles faisant honneur à la morna, la musique emblématique du pays inspirée du saudade brésilien, une musique mélangeant des rythmes lents et mélancoliques, symboles du temps qui passe et de la nostalgie.

Face à nous, l’océan dévoile sa grandeur et sous nos pieds, une plage de sable noire magnifiquement ciselée à qui les locaux préfèrent la plage du port, plus placide.

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L’arrivée dans la Caldeira

Il est temps pour nous de rejoindre la caldeira dans laquelle nous dormirons le soir-même. Le trajet pour rejoindre ce cœur de l’île dure deux heures et il nous donne la possibilité à plusieurs reprises d’admirer des paysages incroyables, là où une nature aride fusionne avec une végétation dense, dans un spectacle où nos yeux sont constamment soumis à une envie d’en savoir plus, d’en voir plus.

Nous arrivons enfin à l’entrée du parc naturel du Pico do Fogo. Nous faisons une halte et sommes sollicités par deux jeunes femmes qui proposent pour deux euros, des créations originales de souvenirs ; en l’espèce, des petites maisons fabriquées avec de la pierre volcanique. Nous nous laissons tenter, surtout lorsque le petit garçon de l’une d’entre elles effectue des gestes avec les mains à la manière des rappeurs de la West coast américaine.

En entrant dans la caldeira, le paysage change radicalement. Les roches acérées de la précédente coulée de lave qui a englouti concomitamment la route principale et les deux uniques villages du site, dévoile ses anfractuosités sur une hauteur atteignant près de 60 mètres à certains endroits. Oui, 60 mètres… ce chiffre ubuesque étant répété à plusieurs reprises.

Nous nous arrêtons à la pension de l’oasis, étant donné que nos amis Aurélie et Mathieu y ont réservé une chambre. Afin de nous remercier de leur invitation à partager notre moyen de transport, ils nous invitent à déjeuner. Nous découvrons une pension agréable, située en amont de la caldeira, avec une vue à couper le souffle sur le volcan qui nous fait face.

Une jeune femme se présente à nous et nous laisse choisir nos plats : viande ou poisson. Nous choisissons la viande et en profitons pour nous détendre.  Après trente minutes d’attente, le plat nous est porté : plusieurs morceaux de poulets accompagnés d’une sauce brune succulente et en accompagnement, des frites maisons et du riz.

Après un bon repas, la propriétaire accepte de nous laisser visiter la coopérative du parc qui produit un vin blanc d’une grande qualité. La coopérative a été déplacée, car l’ancienne a été entièrement détruite par l’éruption de 2015 ; le propriétaire qui achète les productions de raisin de l’ensemble des agriculteurs du secteur a décidé de s’éloigner de la caldeira et du village de Portela afin de minimiser les risques des conséquences d’une éruption sur son entreprise ; dans le même temps, il a décidé de construire une pension afin d’optimiser la rentabilité de son investissement.

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La nuit dans la caldeira aux pieds du volcan Pico do Fogo

Délestés de nos amis que nous retrouverons en toute fin de séjour, nous reprenons notre route vers le village de Portela dans lequel nous séjournons, plus précisément dans la pension tenue par Alcindo et sa femme, une bordelaise d’une trentaine d’années qui a tout quitté en France pour suivre l’homme dont elle est tombée amoureuse quand lors d’un voyage touristique au Cap-Vert, il fut son guide.

Sur la route, nous faisons une petite halte pour faire la connaissance de deux agriculteurs qui vivent de manière sommaire dans une habitation au confort spartiate, mais qui profitent de la riche fertilité de la terre de la caldeira pour y faire pousser des vignes et des légumes, la terre volcanique étant par le biais de sa composition en sel minéraux, particulièrement adaptée à la culture.

Vers le début de l’après-midi, nous entrons dans le village de Portela et découvrons notre chambre, dans laquelle nous posons nos affaires. Avant de rejoindre la salle à manger de la pension pour faire connaissance avec la femme d’Alcindo et le personnel de la maison. Autour d’un bon café, nous lions amitié et devons écourter la conversation lorsqu’Alcindo décide de nous faire visiter son village.

Les réservations d’une chambre peuvent se faire sur le 00 238 992 14 09 ou sur le 00 238 929 94 87. Les réservations peuvent également être effectuées sur le casaalcindofogo@gmail.com ; le coût d’une chambre est d’une quarantaine d’euros, petit-déjeuner inclus.

A chaque pas, Alcindo est arrêté aussi bien par des touristes qui lui content leurs exploits que par des habitants, petits ou grands à qui il adresse une attention personnalisée. Après avoir fait la connaissance de Théo, son plus jeune frère à l’œuvre au-dessus d’un puit à récupérer de l’eau, il m’emmène chez son aîné qui vient en compagnie de sa femme, d’avoir une petite fille devant laquelle il fond littéralement.

Face à la maison fraternelle, Alcindo se confie sur le lien fort qu’il entretient avec le volcan qui n’a jamais cessé depuis notre entrée dans la caldeira, de nous observer, figé par sa taille majestueuse et son charisme indescriptible.

« En 1995, alors que j’étais petit, une éruption avait déjà ravagé le village, mais nous avons réussi à tout reconstruire. L’éruption de 2015, fut plus difficile car tout l’argent que nous avions investi dans nos maisons fut englouti par la lave. Ce fut catastrophique, car je venais de terminer de payer le crédit de mon ancien hôtel et j’ai dû retourner à la banque pour en refaire un autre pour payer la pension dans laquelle tu dors. Près de 150 000 euros et avec toujours au-dessus de la tête, une épée de Damoclès, car aucune assurance ne souhaite nous assurer. Trop de risques, qu’ils disent. Mais, pour rien au monde je quitterai la terre de mes ancêtres. Nous travaillons avec le volcan, nous sommes à son entière disposition. Et s’il devait y avoir une autre éruption, je continuerai à rester ici. C’est ma vie… »

Nous retournons à la pension après avoir visité le reste du village, fait connaissance avec les amis d’Alcindo et découvert au-delà d’une colline la forêt vierge qui s’étend à perte de vue derrière le village.

Je m’assois enfin à une table de la pension et un verre de la bière locale posée sur ma table, je fais connaissance avec Annie et Christophe, un couple de Normands. Le temps passant, notre amitié se renforce et nous rejoignent Karine, une commerciale baroudeuse de Bordeaux, ainsi que Inge et Mik, un couple de belges flamands.

La soirée se déroule sous les meilleurs auspices, les rires et l’émotion étant aussi appréciables que le poulet cuisiné par les chefs du restaurant. Nous terminons la soirée en compagnie d’Alcindo qui nous présente sur son ordinateur portable, les images de l’éruption filmées avec son téléphone. Sur les vidéos de basse qualité qu’il nous présente, nous le voyons tel un enfant jouer avec la lave en y plantant à l’intérieur d’une coulée un peu plus rouge que les autres, son bâton de bois qui disparaît presque instantanément, un tour de magie sans l’être.

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Les incontournables de l’île de Fogo

Le lendemain matin, alors que Karine, Inge et Mik sont déjà repartis de bonne heure, je retrouve Annie et Christophe que j’invite à partager mon circuit de découverte de la journée. Ils acceptent et nous voilà tous dans le minibus de Jorge, notre chauffeur officiel qui nous a rejoint en compagnie de Théo, notre guide de la journée.

Théo propose des tours dans toute l’île et il est joignable au 00238 976 75 89 ou sur son email : lavastours.cv@gmail.com ; Jorge, le chauffeur quant à lui est joignable 00 238 994 30 78.

Alors que nous quittons la caldeira, nous croisons une vingtaine d’ouvriers en train de construire la nouvelle route qui permettra de rejoindre le village de Portela en 10 minutes en place et lieu de l’heure nécessaire actuellement, les véhicules étant obligés d’emprunter une piste parallèle.

Sous un soleil de plomb, les ouvriers utilisent les roches présentes sur le site, qu’ils taillent en leur donnant une forme cubique. Alors que la poussière dégagée assombrie l’air ambiant, les ouvriers placent chaque pierre une par une sur le sol, un travail titanesque pour ces forçats de la route qui jamais ne se plaignent, jamais ne ralentissent le rythme.

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Après avoir emprunté une longue route pavée, nous entrons dans la ville de Cova Figueira, une petite ville qui comporte une mairie nouvellement construite : « un gâchis » selon Théo, le bâtiment étant bien trop grand pour une si petite ville.

Nous garons notre véhicule aux abords d’une école que nous visitons. L’instruction au Cap-Vert est obligatoire et sévèrement contrôlée. Les élèves qui portent l’uniforme sont obligés par le gouvernement d’apprendre et le taux d’alphabétisation du pays est un des plus grands d’Afrique : « les élèves doivent aller à l’école jusqu’à 18 ans ; ils apprennent plusieurs langues, dont le Portugais et le Créole qui sont les langues officielles. Mais une grande partie de la population parle également l’Anglais et le Français, qu’ils découvrent au contact des touristes » nous explique ainsi un professeur.

Nous saluons les élèves, enjoués de voir des étrangers se présenter à eux. Nous suspectons tout de même certains élèves de trouver en notre présence, le prétexte à un peu de relâchement comportemental. Et ce avec la bénédiction du professeur, souriant des pitreries de ses progéniture devant notre caméra.

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Avant de partir en direction de Mosteiros, la deuxième ville de l’île, nous faisons une halte dans une épicerie afin d’acheter quelques produits alimentaires de base. Trouvant des prix équivalent à la France, nous nous interrogeons sur la légitimité de ces prix dans un pays qui se développe à peine : « ce sont les prix usuels, la vie est très chère au Cap-Vert. Prenons le cas d’un paquet de chips. Nous le payons près de deux euros car il est importé. D’ailleurs, presque tous les produits sont importés d’Afrique ou d’Europe, mis à part les fruits, le poisson et les légumes. Et il n’y a pas deux prix différents, nous sommes une société démocratique et égalitaire. Par contre, le souci est que notre salaire minimum est de 150 euros par mois. Acheter un paquet de chips dans ces conditions nous oblige à faire de nombreuses concessions »

En continuant notre route, nous apercevons sur le bas-côté, des dizaines d’ouvriers travaillant dans une carrière de pierre. Nous allons à leur rencontre. Tous les ouvriers, sans exceptions nous saluent et reprennent en cœur avec enthousiasme leur travail, comme s’ils devaient nous prouver leur qualité professionnelle, comme s’ils souhaitaient que la photo que nous allons faire d’eux sera la plus belle possible.

Nous sommes stupéfaits. Protégés d’un simple masque chirurgical sur le visage, ils creusent la roche à la pioche et en extraient des cailloux qui serviront à la construction de routes ou de maisons. Avec un courage rarement égalé, ils frappent inlassablement une terre qui ne leur facilite pas la tâche et avec une précision surprenante, chatouillent cette montagne qui se dresse devant eux, l’émiettant au passage mais sans lui retirer de sa superbe.

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Après un détour dans les plantations de la ville, où bananes, coings et cafés sont cultivés à foison, nous entrons dans la ville de Mosteiros et nous nous garons sur le parking de l’unique station-service de la ville.

En entrant dans un petit restaurant qui se trouve face à la station-service, nous pouvons enfin nous détendre ; toujours en compagnie de nos amis, nous testons la cuisine locale : du poisson et une escalope de porc grillée au barbecue. Les plats en eux-mêmes ne sont pas d’une finesse absolue, mais ils sont assez qualitatifs pour nous permettre de passer un agréable moment.

Pour la digestion, une petite promenade s’impose. Mosteiros n’est pas une ville exceptionnelle d’un point de vue touristique. Son intérêt réside justement dans son authenticité. Après avoir longé le front de mer, nous faisons la connaissance d’un menuisier qui travaille, avant de rencontrer des enfants qui jouent et dont les éclats de rire se fracassent comme des échos contre les parois fines des habitations du bord de l’océan.

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En reprenant notre tour de l’île, nous nous arrêtons brusquement à l’entente d’une musique qui résonne dans les rues d’un petit village que nous traversons : une fête y est donnée. Alors qu’une femme pile du blé, un orchestre d’appoint dévoile tout le potentiel musical du pays. A grande enjambée lyrique, chacun des villageois y va de sa rime ; la cacophonie ambiante revêt étrangement le rythme audible d’une ferveur populaire agréable à entendre.

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Arrivés à Salinas, la dernière étape de notre découverte de l’île, nous sommes surpris de ne rien y voir à plus de dix mètres : le sable en provenance de Mauritanie embrume l’horizon et génère une ambiance de torpeur indescriptible, fort heureusement qui ne dure pas ; un léger coup de vent plus tard et le paysage de Salinas se dévoile : des roches en contrebas, fortement escarpés coupent à plusieurs endroits le front de mer ; les vagues qui se projettent contre les parois abruptes des falaises les taillent parcimonieusement, créant ici et là, des multitudes de formes naturelles intéressantes dont un pont qui semble y avoir été construit par la main de l’homme.

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Fin du voyage

Notre chauffeur nous emmène en fin de journée à notre hôtel à Sao Filipe : l’hôtel Savana, un hôtel de style colonial de belle facture qui comporte de belles chambres aérées et une piscine. Nos amis se trouvent juste à côté de notre hôtel, au Pipi’s, tenu par une jeune sénégalaise tout à fait charmante, qui nous autorise à grimper à l’étage pour passer la fin de soirée sous les auspices d’une fête tranquille où l’alcool peu cher est modérément ingurgité.

Le lendemain matin après une soirée festive, alors que nous nous apprêtons à rejoindre l’aéroport pour reprendre notre vol en direction de Praia, notre chauffeur nous apprend que la tempête de sable en provenance de Mauritanie s’est levée durant la nuit et qu’en l’espèce, tous les vols ont été annulés. Que le prochain avion ne décollera que trois jours plus tard. Impossible pour nous de subir ce désagrément, cet écart empiéterait notre programme de découverte des îles.

La patronne de l’hôtel nous informe alors que seul le ferry inter-île est autorisé à naviguer. Nous sommes invités à nous rendre dans l’agence de voyage la plus proche qui se trouve à The colonial guest house afin d’acheter un ticket pour le dernier bateau en partance de Fogo pour Santiago.

En moins de 10 minutes, nous achetons le dernier ticket au prix unitaire de 40 euros, pour une traversée de 4 heures, une des plus difficiles du pays tant les vagues et les circulations marines créent des courants contraires brinquebalant le plus robuste des navires comme une houle malmène un jouet d’enfant.

Après une heure de retard, le ferry dans lequel nous avons pris place quitte le port de l’île de Fogo qui s’éloigne alors que dans nos ventres, se jouent déjà les prémisses d’une nausée qui n’est pas près d’atteindre son apogée.  Mais Fogo s’éloigne et Praia se rapproche. L’aventure au Cap vert peut continuer.

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