Mauritanie : Le festival des villes anciennes de Chinguetti 2019

Le festival des villes anciennes est un festival mauritanien qui se déroule dans les villes anciennes du désert du Sahara dans la région de l’Adrar qui a pour centre économique et politique la ville de Atar. Cette année, en 2019, le festival qui dure une semaine se déroule à Chinguetti, un des carrefours culturels et commerciaux les plus importants du territoire. Nous y avons participé en compagnie du président de la République accompagné de ses ministres.

 

J’ai visité la Mauritanie lors d’un précédent voyage ; le pays qui venait à peine de s’ouvrir aux touristes se remettait alors de plusieurs années de disgrâces déméritées, ayant été une victime collatérale d’une instabilité politique dans le Sahel voisin. J’avais découvert alors un pays au potentiel touristique fort, à la population chaleureuse et humaine et aux sites historiques exceptionnels.

J’avais pu effectuer ce voyage en étant accompagné d’un des plus grands guides du pays, un véritable nomade qui m’avait permis de vivre des expériences émotionnelles fortes et avec lequel, je m’étais lié d’amitié. L’homme : Isselmou, en plus de posséder un charisme indéniable, travaillait dans le tourisme depuis plus de 20 ans. Je lui avais promis de revenir découvrir les trésors de son pays lorsqu’il m’y avait invité, juste avant mon départ.

Alors que je me trouvais en Guyane française, il tint parole en nous invitant à assister au 9 èm festival des villes anciennes, au mois de novembre 2019. En moins d’une semaine, après notre retour en France métropolitaine, je pus réserver un billet d’avion Paris-Atar avec la société française Point Afrique basée à Marseille et prendre un vol pour retourner sur cette terre du Sahara préservée. Je vous conte ainsi notre immersion dans ce festival et la région de l’Adrar que je n’avais pas eu le temps de visiter.

Mis en place il y a près de huit ans, le festival des villes anciennes vise à faire la promotion économique, touristique et culturelle des cités anciennes qui ont joué un rôle important dans la propagation du savoir et les échanges historiques entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest.

Chaque année, le festival se déroule dans une des quatre villes choisies pour leur impact culturel fort. Si l’édition précédente se déroulait à Ouadane, elle se déroule en 2019 à Chinguetti, pour une semaine de manifestations, sous la direction du nouveau président élu : Mohamed ould Cheikh El Ghazouani qui en supervise l’ouverture.

 

Pour découvrir le récit photo complet de notre voyage en Mauritanie, n’hésitez pas à vous rendre sur le lien suivant : https://hors-frontieres.fr/mauritanie-le-9-em-festival-des-villes-anciennes-chinguetti-edition-2019/

Pour découvrir nos précédents articles sur la Mauritanie, rendez-vous sur les liens suivants :

La Mauritanie : De Nouakchott à El Beyyed : https://hors-frontieres.fr/la-mauritanie-les-incontournables-de-ladrar/

La Mauritanie : Des cercles de Richat à Atar : https://hors-frontieres.fr/les-incontournables-de-mauritanie-des-cercles-de-richat-a-atar/

La Mauritanie : Organiser son voyage : https://hors-frontieres.fr/la-mauritanie-organiser-son-voyage-au-coeur-du-sahara/

Pour découvrir le second article sur ce second voyage en Mauritanie, dans le cœur de l’Adrar, rendez-vous sur le lien suivant : https://hors-frontieres.fr/mauritanie-les-alentours-de-la-ville-de-chinguetti/

La préparation du départ

Dès l’invitation d’Isselmou pour assister au festival des villes anciennes, nous effectuons des recherches sur Internet afin d’y trouver quelques informations.

Afin de nous rendre en Mauritanie, deux chemins s’offrent à nous : soit passer par Nouakchott comme lors de notre première visite du pays, soit entre octobre et avril, parvenir à récupérer un billet d’avion direct Paris Atar, par le biais du charter mis en place par l’agence de voyage Point Afrique.

Si lors de notre premier voyage, nous nous étions vu refuser un vol direct par la compagnie Point Afrique qui préférait garder des sièges de libre pour placer ses propres circuits, depuis le changement d’équipe au sein du ministère du tourisme, une nouvelle règle factuelle oblige la compagnie à vendre les billets en fonction des disponibilités à tous les voyageurs. Ainsi, nous parvenons à acheter un billet aller-retour du samedi au samedi pour la modique somme de 340 euros, soit un coût équivalent pour faire un Paris Nouakchott, disponible quant à lui toute l’année, mais nécessitant un transfert en voiture de près de cinq heures vers Atar.

Après avoir payé par carte bancaire les billets, nous les recevons dans la soirée, de manière électronique, le mail étant accompagné d’une fiche explicative nous donnant des indications sur notre futur voyage.

 

Le départ de France et l’arrivée à Atar

Le jour J, dans la soirée, nous prenons la route vers l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle ; les hôtels dans l’aéroport ayant un coût exorbitant, nous décidons de nous rendre à l’aéroport avec notre véhicule que nous laissons stationner à l’hôtel Campanile de Roissy en ayant effectué une réservation par Internet pour la somme de 50 euros la semaine ; une navette gratuite est disponible pour nous conduire ensuite au terminal correspondant.

Lorsque nous nous présentons au comptoir d’enregistrement du terminal 3 de la compagnie ASL airlines, nous devons patienter près de 2 heures, les comptoirs de la compagnie à bas coût regroupant toutes les destinations proposées sur une même file d’attente.

Lorsque nous grimpons dans notre avion, nous découvrons un appareil correct de type charter, un peu similaire aux avions des compagnies low-cost. Ce qui signifie que chaque demande optionnelle est facturée : de l’eau au café. Les sièges un peu vieillots ne comportent pas de poste de télévision et l’espacement entre les sièges a été réduit à son maximum.

Ce qui ne nous empêche pas de profiter des cinq heures de vol pour nous détendre en admirant par le hublot, la traversée du Sahara occidental, nous laissant apercevoir de grandes étendues désertiques.

Lorsque nous arrivons à Atar, nous en profitons pour nous dépêcher en sortant sur le tarmac parmi les premiers arrivants, étant donné qu’une procédure de visa on arrival oblige les voyageurs à se rendre individuellement face à un agent, qui après avoir reçu la somme de 55 euros, effectue une photographie avec une caméra basse définition, puis imprime le visa de 30 jours qu’il appose dans le passeport.

Une fois le visa en poche, nous nous dirigeons vers le poste d’immigration où un fonctionnaire le vérifie te le tamponne. Il ne nous reste qu’à patienter pour récupérer nos sacs, sans en quitter le hall d’arrivée, l’aéroport d’Atar n’étant pas grand.

Lorsque nous rejoignons l’extérieur de la zone sécurisée de l’aéroport, nous retrouvons Ahmed Medsalem, un ami d’Isselmou qui va nous accompagner durant notre périple. En sa compagnie, nous quittons le hall dans lequel quelques policiers fument à la vue de tous, pour rejoindre le parking et retrouver notre ami Isselmou au volant de son véhicule.

Les embrassades sont chaleureuses ; nous sommes heureux de le revoir. Alors que nous refaisons le monde en nous rendant à Atar, nous retrouvons les rues typiques des villes du Sahara. Sur les maisons, les peintures craquèlent et au milieu des véhicules, il n’est pas rare de croiser quelques calèches tirées par des ânes.

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L’installation dans le désert

Alors que nous nous arrêtons sur la place centrale et commandons dans un restaurant qui ne paye pas de mine, un poulet accompagné de frites, nous prenons le temps de nous laisser bercer par la température ambiante de près de 36 degrés…avec un léger vent frais tout de même.

Le décor sonore de la ville est bruyant, les piétons et les voitures se mélangeant dans une étonnante cacophonie maîtrisée, le tout sous la surveillance d’un agent de police qui se trouve aux abords d’un rond-point sans parvenir à se faire entendre.

Nous effectuons quelques courses, puis accompagnons Isselmou dans sa maison en banlieue proche d’Atar afin de récupérer quelques affaires ; nous en profitons pour lui remettre quelques présents emmenés de France, essentiellement des produits d’hygiènes et des lunettes de vue récupérées ici et là chez des amis et de la famille.

Il fait monter à l’arrière du véhicule une amie à lui pour la conduire jusqu’à Chinguetti, l’entraide dans le pays étant une philosophie et nous pouvons prendre la route.

Nous arrivons à la périphérie montagneuse de la ville avec plusieurs monts rocheux qui se dressent fièrement sur notre chemin. Le décor vient de passer d’un dénivelé proche de zéro à une altitude qui si elle ne provoque pas d’hypoxie est suffisamment élevée pour nous permettre de bénéficier d’une vue splendide sur une partie de la ville qui s’aperçoit au loin.

Malheureusement, en sortant de ce paysage de montagne, nous arrivons rapidement sur une piste qui soulève à notre passage, des flots de poussières qui pénètrent par toutes les ouvertures de la voiture, nous obligeant à en fermer toutes les fenêtres.

Après deux heures de route dans un gourbi de cahots et de cailloux, nous entrons dans la ville de Chinguetti qui commence à vêtir ses habits de fête. En nous enfonçant dans la ville, nous pouvons apercevoir au loin, des dizaines de tentes blanches qui accueilleront le lendemain le festival des villes anciennes ; mais en l’instant, nous bifurquons afin d’atteindre le désert dans lequel nous allons passer la nuit…avec pour seule volonté le reste de la journée, de nous détendre et d’en profiter un maximum.

En nous rendant dans le désert, il ne nous faut pas longtemps pour voir la civilisation s’effacer devant à un paysage de dunes et de sable ; plusieurs kilomètres plus loin, nous parvenons jusqu’à notre campement qui se dévoile au travers de sa simplicité : une tente mauritanienne d’un bleu bariolé de noir nichée au cœur d’un creux de dunes.

Ahmed qui nous accompagne nous ouvre la tente et place au-devant de l’entrée, une sorte de tapis fin qui fera office de terrasse.

Nous découvrons une tente de grande capacité maintenue par un gros pilier central et contenant plusieurs matelas. Nous y plaçons nos affaires tandis qu’Ahmed nous sort son ustensile de préparation du thé.

Nous nous laissons bercer par le rythme lent de la vie dans le désert en buvant un breuvage divin qui nous apaise ; le thé mauritanien se prépare d’une manière particulière : en trois temps. Dans une petite théière, Ahmed place du thé vert de Chine, qu’il laisse mijoter en y ajoutant du sucre et de la menthe fraîche.

Après une vingtaine de minutes de cuisson, il se lance dans un va et vient maîtrisé où il tend à lever le plus possible la théière afin d’y faire écouler un long filet de thé, qui au contact du verre provoque l’apparition d’une belle mousse immaculée. Il reproduit trois fois ce processus, le breuvage mauritanien se buvant en trois jets, de moins en moins prononcés, de plus en plus sucrés.

Une fois bien reposés, nous décidons d’arpenter la grande dune qui nous fait face et de profiter d’une vue à couper le souffle. Nous restons stationnés au fait de notre dune en accompagnant le soleil qui se couche rapidement, sonnant le déclenchement de la préparation du repas.

Alors que nous sommes rejoints par Isselmou parti entre temps à la ville, Ahmed nous prépare un poulet accompagné de frites grillées. La nuit vient de tomber ; autour de nous, une absence totale de lumière ; sur notre terrasse improvisée, nous mangeons et profitons de cet instant de quiétude, avant de nous coucher.

L’ouverture du festival des villes anciennes

Érigées au 11 èm et 12 èm siècle sur le trajet des caravanes traversant le Sahara, les villes anciennes de l’Adrar au nombre de quatre : Oualata, Chinguetti, Ouadane et Tichitt sont devenus des foyers de rayonnement culturel et islamique et à ce titre, inscrites en 1996 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Afin de les désenclaver, en 2011, un festival a été institué afin de les mettre en valeur. Dès lors, chaque année, durant une semaine, il accueille des touristes toujours plus nombreux qui s’y pressent afin d’assister à des chants, des poèmes et des activités diverses, sous la houlette du ministère du tourisme.

Si en 2018, le festival se déroula à Ouadane, en 2019, pour cette neuvième édition et sous la présidence de Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, nouvellement élu à la tête du pays, il s’effectue à Chinguetti, une ville se situant à deux heures de route de Atar, la capitale régionale, Ouadane ne se situant qu’à trois heures de route alors que Oualata et Tichitt, à près de six heures.

Après un petit-déjeuner constitué de pain frais apporté par Isselmou, de fromage, de fruits en conserve et de thé, nous pouvons prendre la route vers la ville de Chinguetti ou plus précisément du festival, vers lequel nous nous approchons. Nous stoppons notre véhicule alors qu’Isselmou nous remet notre carton d’invitation, sésame afin d’accéder à l’intérieur.

La foule compacte patiente et nous devons la franchir pour nous approcher d’un cordon de policiers qui vérifie les invitations en apposant dessus un simple trait de crayon. Un énième contrôle franchi un peu plus loin, nous arrivons devant l’entrée de la zone VIP, dans laquelle une estrade accueillera les festivités. Face à l’estrade, une tente pour faire asseoir les invités triés sur le volet et entre l’estrade et la tente, des dizaines de tapis fabriqués artisanalement.

Les policiers vérifient notre invitation dans une cohue sans nom ; alors qu’ils tentent d’empêcher l’entrée des locaux ne possédant pas de carton d’invitation, devant leurs suppliques, ils les laissent passer au compte-goutte ; nous n’avons pas ce problème et quand bien même nous devons nous imposer afin qu’ils se saisissent de notre invitation, nous parvenons à entrer et à pénétrer dans le saint des saints.

Nous découvrons plusieurs journalistes en plein direct qui interviewent les personnalités du pays ; le gratin de la Mauritanie se trouve dans ce petit enclos de quelques mètres carrés. Les chefs d’ethnies, des artistes, des hommes politiques internationaux. Nous faisons connaissance avec l’ambassadeur de France, ainsi qu’avec des personnalités politiques marocaines. Nous serrons la main d’un jeune fils du marabout national et étant les seuls reporters européens présents, nous commençons à susciter l’intérêt des journalistes mauritaniens, qui après avoir vu notre acceptation de répondre aux questions d’un de leurs confrères, se pressent afin de nous interviewer.

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Au fur et à mesure, de nombreux ministres accompagnés de leurs équipes entrent dans le festival et se placent au premier rang, dans lequel sont déjà présents des diplomates du monde entier, dont un Russe qui commence à bailler en se demandant ce qu’il fait là.

Le président nouvellement élu qui doit ouvrir le festival arrive après deux heures de retard dans une frénésie incontrôlable. Une dizaine de voitures effectue le tour de la ville, puis le cortège s’arrête à l’entrée arrière de la zone.

En sort un homme de petite taille, vêtu d’un habit traditionnel de couleur blanche. Le président nouvellement élu de la Mauritanie effectue ainsi sa première sortie officielle lors d’une manifestation grand public. Entouré d’une armada de gardes du corps qui repousse tous les prétendants à une poignée de main ou les journalistes qui se pressent pour en obtenir la meilleure image, le président serre la main de tous les invités du premier rang, puis se place sur sa chaise où impassible, il assiste à l’ouverture du festival.

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Une chorale d’enfants se lance dans une version émotionnelle de l’hymne nationale tandis qu’une présentatrice détaille le programme de la semaine. Au menu, chaque soir, un spectacle qui permettra à des artistes nationaux et des pays proches de se produire sur scène. Durant la journée, se dérouleront des courses de dromadaires, des présentations artisanales et des manifestations culinaires.

La femme laisse ensuite la parole à un diplomate marocain, le Maroc étant l’invité d’honneur du festival, puis au président qui y effectue un discours officiel.

La présentation de l’artisanat local

Une fois le discours du président applaudi, le festival est lancé. Tous les invités présents quittent l’espace VIP afin de rejoindre les tentes blanches voisines dans lesquelles se déroulent une présentation de l’artisanat local avec la présence des nombreuses entreprises qui font la fierté du pays.

Nous rejoignons la foule compacte qui se trouve derrière des grilles de protection. Le président entre dans le regroupement de tentes par le côté Ouest ; nous rejoignons le côté opposé, bien moins saturé.

Une grande place entourée de tentes blanches accueille les visiteurs qui ont été, au compte-goutte, acceptés ; à l’opposé de la place, le président accompagné de ses ministres commence à saluer les vendeurs et artisans présents.

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Nous nous présentons sous une grande tente, attirés par une musique qui en émerge. Un orchestre marocain s’adonne en rythme à mettre le feu dans le festival. Dans la tente invitée d’honneur, les marocains ont vu les choses en grand ; ils ont fait venir de Rabat un camion réfrigérée transportant rien de moins que des gâteaux et confiseries de luxe, dont nombre d’entre elles proviennent de chez Fauchon, la célèbre entreprise parisienne. Des gâteaux de chez Fauchon au cœur du désert, il n’y a que les Marocains qui peuvent réussir un tel pari.

Le président se présente enfin dans la tente marocaine, mais alors que le buffet devait être ouvert après son passage, tous les invités se ruent dessus…et ce devant la déception du maître d’hôtel qui ne peut que constater le vidage en règle des tables.

Nous continuons à arpenter la place et faisons la rencontre de nombreux artisans qui proposent des confections en provenance de tout le pays.  Une femme danse pour attirer le chaland, une autre en provenance d’un petit village propose des colliers en pierres travaillées.

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Nous retrouvons le président qui accepte notre présence et avec lequel nous échangeons quelques mots alors qu’il signe un livre d’or. Nous continuons notre découverte de la place avec la rencontre des responsables d’entreprises les plus en vue du pays : la poste ainsi que la société de dattes, dont le directeur nous invite à la visiter en fin de semaine.

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La course de dromadaires

Après être parvenus à trouver un petit restaurant, pas encore rassasiés avec les gâteaux du stand marocains ingurgités, nous rejoignons une auberge de la ville : l’auberge Ouarane dans laquelle nous pouvons nous reposer en buvant un bon thé. Nous faisons également la connaissance d’Antoine, un Français qui voyage depuis près de 20 ans et se rend à pied jusqu’au Cameroun, distant de près de 5000 kilomètres. Quel courage !

Ainsi installés confortablement, nous ne voyons pas le temps passer, lorsqu’Ahmed nous enjoint de nous dépêcher afin de rejoindre la course de dromadaires de fin d’après-midi qui doit se dérouler. Malheureusement, Isselmou est injoignable. Alors que nous marchons, j’arrête une voiture et j’explique au conducteur mon besoin de nous rendre au festival qui se trouve quand même à un kilomètre de notre emplacement.

Le conducteur accepte de nous y emmener et nous explique qu’en réalité, la voiture qu’il conduit appartient au ministre de la culture.  Je lui dis sur le ton de la plaisanterie qu’il est un ami, quand bien même je ne le connais pas. Il plaisante à son tour et nous dépose aux pieds des dromadaires, que nous voyons se rapprocher après plusieurs tours de piste.

Alors que les animaux exploitent le maximum de leur capacité, ils se regroupent et devant la cohue générale, stressé, l’un d’entre eux donne avec sa patte arrière, un violent coup de pied qui frôle Ahmed. Nous prenons nos distances de sécurité avec l’animal.

La première soirée du festival

Isselmou arrive quelques minutes plus tard et nous emmène dans notre camp afin que nous puissions nous reposer et manger un morceau. Toujours préparé par Ahmed, notre cuisinier attitré. Et en plat principal, n’apprécions que moyennement la viande de dromadaire, ce sera à nouveau poulet et frites.

Nous avons à peine le temps de digérer que nous devons à nouveau nous présenter au festival afin d’assister à la soirée d’ouverture à laquelle assiste le président et ses ministres. Ainsi que tout le gratin international du matin.

Pour entrer dans le festival, étant donné que le président y assiste, la sécurité a été renforcée et de facto, il est nécessaire de jouer des coudes et de crier plus fort que les autres, ce que nous parvenons à faire non sans mal. Les policiers afin d’empêcher les non détenteurs du sésame décident de maintenir tous les nouveaux entrants à l’extérieur et de distribuer les entrées au compte-goutte.

En tant que Français, nous parvenons tout de même à susciter leur attention et ils nous font entrer par le côté. Nous retrouvons la scène du festival sur laquelle, un présentateur effectue des tests de son.

Entre la tente des VIP et l’estrade, des dizaines de personnes regroupées en un camp de femmes et un camp d’hommes. Le président arrive sur place et retrouve sa chaise, gardée par un policier ; à nouveau, comme le matin, l’hymne nationale est chanté par un petit groupe d’enfants agitant des drapeaux du pays.

Rapidement sur la scène, un conteur déclame un poème, suivi par un autre qui le remplace.

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La musique émerge ; les femmes assises frappent dans leurs mains ; sur la scène, alors que la fumée projetée est contrôlée avec plus ou moins de réussite, un groupe de musiciens entame un rythme local, accentué par de lourdes percussions. Un chanteur apparaît, les yeux un peu humides suite à une fumée opaque provoquée par une machine mal réglée. L’homme laisse ensuite sa place à une jeune femme qui continue à rythmer la soirée jusqu’au bout de la nuit.

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La ville historique de Chinguetti

Le lendemain matin, après une nuit revigorante au cœur du désert, nous prenons un petit-déjeuner en compagnie d’Isselmou et de Ahmed ; tous ensemble, nous nous rendons ensuite dans le centre-ville de Chinguetti pour en rejoindre le centre historique, dans lequel nous faisons connaissance avec plusieurs enfants qui souhaitent être photographiés.

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Nous arpentons un petit chemin et découvrons au cœur de ce dédale de vieilles ruelles, une calèche qui transporte un couple.

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Le centre historique dans lequel la couleur jaune prédomine est constituée de maisons en ruines qui ont su conserver leur disposition d’antan. Dans une de ces maisons, une chèvre a remplacé les occupants des lieux. Un peu plus loin, nous découvrons quelques vendeuses qui tentent de nous proposer leurs babioles.

La ville comporte toujours ses maisons à patio séparés par des ruelles étroites ; un peu comme l’adage : « Tous les chemins mènent à Rome », toutes les ruelles conduisent à la mosquée à minaret carré.

Ce quadrillage architectural témoigne d’un mode de vie traditionnel, centré sur la culture nomade des populations du Sahara.

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Lorsque nous entrons dans la mosquée, nous découvrons un minaret de grande taille qui perfore le ciel ; plusieurs croyants se présentent à nous, nous félicitant de découvrir cet édifice sacré séculaire. Un des hommes nous conte les vertus de l’islam alors que plusieurs jeunes nous abreuvent de questions sur nos modes de vie ; nous leur répondons avec plaisir, tant nos échanges sont instructifs.

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La partie annexe du festival

En traversant simplement la route, nous rejoignons une partie annexe au festival ; sur notre droite, aux abords d’une petite place, un homme prépare des cuisses de poulet qu’il fait cuire au barbecue ; outre l’odeur agréable qui emplit nos narines, la vue de cette viande dorée à souhait nous ouvre l’appétit ; surtout lorsqu’il tend à entretenir son feu, ce qui amplifie notre perception de cet odorat.

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Un peu plus loin, sous une tente, une jeune femme nous tend plusieurs colliers constitués de pierres travaillées. Nous lui préférons les fabrications artisanales qu’une de ses voisines confectionne à l’aide de détritus qu’elle recycle pour ne faire des objets de décoration. A l’aide de ses dents, elle tire sur un fil qu’elle enroule dans le but de les solidifier.

Un homme assis en tailleur nous observe avec attention ; il nous salue de la tête. Un jeune enfant grimpe sur le dos de sa mère, qui un peu fatiguée l’enjoint de s’asseoir sur le sol.

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La coupe du président

En atteignant la périphérie de la ville, nous découvrons une grande tente sous laquelle, des dizaines de spectateurs assistent à la coupe du président, un concours de tir où trois par trois, les candidats tentent de viser une cible à plus de 200 mètres.

Nous rejoignons les candidats, placés dans des sortes de petits emplacements, séparés par des marquages au sol. Chaque binôme comporte un homme utilisant des jumelles pour guider le tireur.

Isselmou est appelé au tir ; il se positionne sur le sol, place son fusil. L’homme qui se trouve à ses côtés le guide ; un premier tir est manqué ; il recharge son arme. L’homme lui indique de se positionner quelques degrés sur la gauche : la tension est à son comble. Isselmou tire ; le retour du bruit nous bouche les oreilles ; le silence se fait. Dans la guérite des organisateurs, un homme valide le tir et la cible détruite.

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Isselmou se lève, acclamé par le public. Il félicite son équipier ; soudainement, alors qu’il est debout, un homme se présente à lui en chantant et en le prenant dans ses bras. Il s’agit d’un conteur qui intervient lors d’un tir réussi ; en échange d’un petit billet d’une valeur monétaire de 5 euros, il congratule en chanson les concurrents. Isselmou a le sourire ; il vient de vivre un moment important dans sa vie, les tireurs doués étant pour les habitants du désert, synonyme de courage et de respect.

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L’auberge Ouarane

Nous retournons à l’auberge Ouarane afin de nous poser quelques heures et manger. Nous retrouvons, alors que nous attendons notre déjeuner préparé par Ahmed, Antoine, le Français qui parcourt le monde depuis 20 ans, à pied et à la dure. L’homme qui est vêtu d’un habit traditionnel et semble s’intégrer à la perfection dans les endroits dans lesquels il se trouve.

Il a réservé une place et une tente pour 7 euros par jour, repas compris et il passe sa vie à vivre avec les locaux, n’hésitant pas à leur apporter une petite aide en échange du gite.

Nous passons un bon moment en sa compagnie, l’homme étant un véritable humain. C’est alors que le patron de l’auberge se présente à nous pour nous faire découvrir son établissement. Autour d’une grande tente qui accueille les résidents qui souhaitent se reposer, l’auberge est constituée de plusieurs chambres et de quelques emplacements pour tentes. Les prix sont bas et l’auberge agréable.

 

L’extension de l’auberge Eden

Alors que la nuit tombe, nous sommes conduits à l’extension dans le désert de l’auberge Eden, une des plus belles auberges de la ville de Chinguetti. L’auberge dans laquelle nous nous rendons est joignable au 00222 46 46 25 96 ou sur le 00 222 36 46 25 96 ou sur le mahmoudeden@yahoo.fr. La nuit coûte 25 euros.

L’extension de l’auberge Eden est un complexe situé dans le désert en périphérie de la ville de Chinguetti ; elle comprend de belles habitations privatives, constituées d’une grande chambre décorée avec des matériaux acquis en circuit court ainsi que d’une salle de bain avec douche, toilette et lavabo. L’eau froide n’est pas dérangeante et il est agréable de pouvoir profiter d’une terrasse privative qui donne sur la cour de l’extension.

Nous sommes appelés pour dîner ; nous rejoignons la salle de repas et faisons la connaissance de trois touristes qui parcourent le pays depuis près de dix jours. La soirée est agréable et l’ambiance excellente.

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Le deuxième spectacle en soirée du festival

Pour notre deuxième soirée de festival, nous décidons d’emmener avec nous Antoine, afin de lui faire profiter de notre entrée ; le jeune homme qui a vêtu son plus bel habit nous accompagne ; le président étant parti, il y a déjà moins de cohue pour entrer dans la zone du spectacle.

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Nous rejoignons les abords de l’estrade et commençons à assister aux festivités qui débutent par un conteur, rapidement suivi d’un autre.

Le public présent a vêtu ses plus beaux habits, la soirée lors du festival étant la place to in dans laquelle, il convient de se montrer. Nous sommes ainsi mélangés avec les locaux dans un flot de couleurs vives que les femmes portent sur elles : de l’orange, du bleu, du vert…toutes rivalisent d’imagination pour être la plus visible.

Une fois que le deuxième conteur quitte la scène, il est remplacé par une chanteuse, puis par un groupe de musiciens, qui à l’aide de percussions mettent le feu sur la place. L’écho de leur mouvement de mains sur des djembés et des tambours de grande taille est prolongé par le public applaudissant en rythme.

Lorsque des chanteurs marocains entament des chants sacrés du coran, le public se tait ; nous pouvons entendre les mouches voler ; accentuant les voyelles et les consonnes qu’ils font rouler dans leur cavité buccale, les chanteurs créent une sorte d’atmosphère pieuse, tranchant net avec les festivités du départ.

Le bilan

Nous avons découvert un festival exceptionnel, constitué de bonnes volontés et de spectacles uniques en leur genre. Des contes aux chants, toutes les spécificités culturelles de la région de l’Adrar et plus communément, du désert du Sahara sont représentées.

En rencontrant tous les hauts responsables du pays, nous avons pu nouer des relations professionnelles fortes, nous permettant de nous projeter dans l’avenir et commencer à travailler avec un pays dont la potentialité est infinie. Qui plus est, quand le pays affine sa relation avec les touristes.

La Mauritanie n’a ainsi pas fini de faire parler d’elle et devenir subséquemment le carrefour touristique du désert du Sahara.