Nous avons visité le Kosovo en famille

 

En provenance de France, avec notre véhicule, nous avons visité le Kosovo, un jeune état niché en plein cœur des Balkans. Voici le récit complet de la découverte de ce pays où difficile rime avec possible

Kosovo Prizren

Alors que nous présentons nos documents au poste-frontière avec le Monténégro, nous sommes autorisés à quitter le territoire. Nous circulons à présent sur une longue route qui serpente au cœur d’une forêt verdoyante et emplie de conifères. N’ayant pas encore vu le poste-frontière kosovar, nous nous trouvons dans ce que les géopoliticiens appellent communément un no man’s land, une sorte de territoire qui n’appartient ni au Monténégro, ni au Kosovo. Vu comme tel, on pourrait croire la route lugubre d’un film d’horreur. Enfin, lugubre peut-être à la nuit tombée car en plein jour, ce chemin nous permet d’alterner les paysages rocheux des montagnes alentours et les vallées qui se découvrent en hauteur et dévoilent leur charme bucolique.

Ce n’est qu’après une dizaine de minutes que nous apercevons le poste-frontière kosovar, émergeant de nulle part et quasi désert. Il faut dire que ce passage dans le Nord-Est du Monténégro n’est emprunté que par les locaux.

Juste avant de rejoindre le poste-frontière, un homme vient à notre rencontre : « Bonjour, vous êtes Français ! Bienvenue au Kosovo, la plus jeune république d’Europe » L’homme, Alban travaille dans la vente d’assurances depuis près de deux ans. Il parle un Français correct, avec un accent chantant très agréable à l’écoute : « J’ai suis allé France six mois. J’aime pays toi. Aujourd’hui, je vends assurance pour voiture et camion car Kosovo, pas reconnu par assurance ton pays »

Il est vrai que le Kosovo est une jeune République. Le pays anciennement rattaché à la Serbie a subi de plein fouet la guerre dans les Balkans. Etant peuplé majoritairement d’Albanais, les habitants ont souhaité devenir indépendants, mais cette indépendance en 2008 ne s’est pas faite en douceur. Pour preuve, malgré des signes de bonnes volontés de la communauté internationale, le pays n’est encore pas aujourd’hui, en novembre 2018, reconnu par la communauté internationale.

Nous présentons la carte grise du véhicule, ainsi que nos passeports. En moins de dix minutes, nous voilà assurés pour une quinzaine de jours au coût de 15 euros. Car si le Kosovo ne fait pas partie de l’Union européenne, à son indépendance, il a choisi comme monnaie nationale : l’euro. Un gage de prouver à ses voisins européens sa volonté d’intégrer pleinement l’Union.

Une fois notre assurance réglée et validée, nous nous présentons au guichet du poste frontière. Le policier, à la présentation de nos papiers s’exclame : « Vous êtes Français ? » Nous lui répondons par l’affirmative. Avec un grand sourire, il tamponne nos passeports. S’ensuit une discussion d’une vingtaine de minutes où il nous parle à la fois de la France et de la situation au Kosovo. Il regrette ainsi de ne pas voir autant de visiteurs qu’il le souhaiterait, les étrangers certainement craintifs d’une réputation du pays sulfureuse dont souffrent tous les états à la situation politique considérée comme instable.

Nous saluons notre policier et passons devant un douanier qui après avoir regardé notre plaque d’immatriculation, nous laisse passer.

Nous nous rendons dans la ville de Peja, également appelée Pec ou Pejë. La ville se trouve à moins de deux heures de route. Les paysages défilent devant nous. Nous nous attendons à découvrir tous les clichés du pays, véhiculés par les médias du monde entier : population pauvre, charrette sur la route, ruralité hyper développée, routes chaotiques, fous du volant, insécurité galopante, mendicité omniprésente. En réalité, plus nous avançons, plus nous éloignons de ces stéréotypes qui défilent à la manière de ce bitume que nous avalons.

Idée reçue numéro 1 : Les routes au Kosovo sont d’excellentes qualité ; de nombreuses autoroutes neuves couvrent le pays. 

Sur la route, alors que nous nous étions préparés à entrer dans la périphérie de Peja, un panneau faisant mention de la présence du parc Radacit attire notre attention ; nous faisons demi-tour et empruntons un petit chemin de terre. Nous sommes stoppés par la fin de la route et sommes autorisés à nous garer sur le parking d’un restaurant.

Le parc Radacit

Nous entrons dans le parc ; de nombreuses familles s’y promènent : des couples avec des enfants, des adolescents sur leur vélo ainsi que des personnes âgées, qui assises semblent refaire le monde. L’entrée du parc est gratuite. Noam, notre fils cadet souhaite boire un rafraîchissement ; nous faisons appel à un vendeur ambulant qui nous propose plusieurs boissons au prix de 0,50 euros l’unité. Nous en prenons deux ainsi qu’un paquet de chips, qu’il s’empresse de manger.

Kosovo Radici Homme

Face à nous, une chute d’eau dont le vrombissement rugit et s’entend au loin. Une rambarde permet de s’y approcher au plus près et pour les plus téméraires, un chemin escarpé la rejoint en contrebas. Nous la contournons et l’observons de plusieurs points de vue. Nous en longeons la rivière et découvrons un véritable paradis végétal.

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Au cœur du parc, alors que les chants des oiseaux se laissent découvrir en s’éloignant de ce tumulte aquatique, nous nous dirigeons vers les hauteurs du parc ; la grotte éponyme du site se visite pour la somme modique de deux euros l’entrée ; nous quittons la chaleur ambiante et pénétrons dans un univers de fraîcheur. La visite guidée dure un peu moins de trente minutes, le temps suffisant pour à la fois profiter d’une climatisation naturelle et de découvrir une cavité qui malgré la présence de lumières a su garder une certaine forme d’authenticité.

Les salles et les concrétions se succèdent ; les stalagmites dévoilent leur forme généreuse alors que les stalactites, un peu plus fines que leurs cousines semblent les regarder et correspondre à l’avant/après d’un régime minceur.

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Le guide, un jeune garçon d’une vingtaine d’années tente d’expliquer à un groupe d’une dizaine de personnes les spécifications du lieu, mais la plupart des visiteurs l’ignorent, préférant se concentrer sur les photos qu’ils publieront sur Instagram.

Idée reçue numéro 2 : Les familles au Kosovo possèdent toutes un ou plusieurs téléphones portables. Ainsi que le matériel moderne de loisirs : appareil-photo, camera.

Une fois la grotte visitée, nous retournons à notre véhicule afin de rejoindre la ville de Peja qui se trouve à moins de vingt minutes de route. La pancarte d’entrée dans la ville nous souhaite la bienvenue. Nous nous dirigeons vers le centre ; la ville se découvre.

 

La ville de Peja

En entrant dans la ville, de primes abords, nous découvrons de hauts immeubles aux peintures défraîchies. Sur les trottoirs, des magasins plus intimistes se mêlent aux boutiques modernes. Les passants se baladent dans une sorte d’osmose intéressante. Plus nous nous rapprochons du centre historique, plus les rues s’emparent d’une frénésie quantitative, les trottoirs sont bondés et tous semblent se diriger vers une rue qui disparaît aux abords d’un petit marchand de fruits.

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Une fois notre voiture garée, nous nous rendons dans le centre historique ; nous sommes arrêtés sur le trottoir par un agriculteur : Stevan, 59 ans, qui nous présente sans parvenir à nous parler, ni dans notre langue ni en Anglais, quelques lapins qu’il vend. Nous nous intéressons à ce qu’il nous raconte et sentiment étrange, alors que nous ne parlons pas sa langue, nous le comprenons ; grâce à de grands gestes, il est agriculteur, il habite à quelques kilomètres de la ville et vend quelques bêtes pour pouvoir acheter le matériel de base dont il a besoin dans sa ferme.

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A cet instant, et voyant notre discussion avec le vieil homme accompagné de son petit-fils, un jeune garçon se présente à nous dans un Anglais irréprochable. Le teint hâlé, Hakim vit dans la ville depuis une dizaine d’années, ayant quitté avec ses parents la Serbie alors que le conflit était au plus fort. Il étudie à l’université les sciences et se propose gracieusement de nous faire visiter la ville.

Le centre historique nous accueille avec le fourmillement et le bruit des grands souks d’Orient. Avec une sorte d’ordre bien établi des villes européennes. Une symbiose parfaite entre le populaire et la rigueur. Les magasins qui se trouvent les uns à côté des autres donnent au territoire un sentiment de bazar bien ordonné. Les pavés des ruelles typiques de la ville et les enfants qui nous courent autour dégagent un exotisme rassurant. Les habitants, surpris de découvrir des touristes nous dévisagent et nous sourient. Dispersés dans les rues de la ville, des petits groupes de commerçants discutent et rient, jetant malgré tout de temps en temps un coup d’œil dans leurs boutiques dont ils ne s’éloignent pas.

Une vieille femme que je photographie se cache le visage. Mais non pas par signe de protestation, mais plutôt pour dire : « je ne me suis pas apprêtée pour une photo ». Son sourire est contagieux, j’éclate de rire. Elle nous invite à visiter son magasin.

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Nous pénétrons dans un de ces univers si particulier, une boutique de vente de rideaux et de tissus de qualité. Sur des étagères qui ne tiennent on ne sait comment, des kilomètres de toiles, toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Certaines pièces rares sont réservées aux grandes occasions : des mariages, des baptêmes. Elle se saisit d’un escabeau et récupère, protégé dans un écrin en carton, un tissu qui semble avoir 1000 ans. Elle explique à Hakim que c’est un tissu qui a été acheté par sa mère pour son quinzième anniversaire et qu’elle ne l’a jamais quitté depuis. Pour tout l’or du monde, elle ne le vendrait pas.

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Jauni par le temps, le tissu est difficilement transformable, mais à voir cette matriarche le caresser et le regarder comme on regarde un diamant, nous pouvons sentir toute la valeur qu’il représente à ses yeux.

Idée reçue numéro 3 : Les magasins au Kosovo sont modernes et proposent toute la technologie présente dans les sociétés développées. Dans les centres historiques des villes, les magasins proposent plus de produits traditionnels un peu à l’instar des souks orientaux.

Nous embrassons cette dame formidable et retournons dans le centre historique. Après avoir visité coup sur coup un cordonnier et une couturière qui nous a ressorti les photos d’elles confectionnant il y a plus de vingt ans les uniformes de nos gendarmes français, nous nous dirigeons vers le secteur moderne de la ville, en une place qui comporte l’unique hôtel cinq étoiles de la région.

Nous faisons connaissance avec une petite fille, assise sur le trottoir et tenant dans ses mains une poupée de chiffon. La scène est tendre. Ses parents nous regardent accompagnés de plusieurs autres jeunes enfants.

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A notre vue, la mère nous sourit. Nous tendons à la petite fille un paquet de friandises ; elle s’en saisit et le place contre elle, un peu comme pour le protéger.

Idée reçue numéro 4 : La mendicité au Kosovo est très faible ; si certaines familles sont pauvres, peu d’entre elles osent mendier et préfèrent se débrouiller, surtout dans les milieux ruraux, en cultivant leurs légumes et en élevant des volailles. Dans les villes, la mendicité peu présente est surtout le fait de certaines familles étrangères.

Nous embrassons Hakim, nous guide éphémère et échangeons nos coordonnées. Nous rejoignons ensuite notre hôtel, après avoir mangé sur le pouce dans un des restaurants rapides du centre : une pizza, un hamburger, un sandwich et trois boissons pour quatre euros, un prix imbattable !

 

Le tir à l’arme automatique

Nous nous garons sur le parking de l’hôtel camp Karagaq, un hôtel 4 étoiles au cœur d’un grand complexe verdoyant. Un voiturier nous aide à trouver une place étant donné qu’une communion qui se déroule dans la salle de réception de l’hôtel a soudainement réduit les stationnements.

Nous faisons ensuite la rencontre de la gestionnaire de l’hôtel qui, pour se faire pardonner du bruit, subséquence de la festivité nous propose la chambre pour trois personnes à 30 euros. Après l’avoir visité, nous la trouvons agréable et acceptons. Nous posons nos affaires et rejoignons le parc de l’hôtel dans lequel nous nous promenons.

En nous approchant de la salle des fêtes, nous sommes invités par les parents du communié à partager ce moment de joie. En entrant dans la salle, nous découvrons un univers festif où les enfants sont portés au fait de leur importance ; une peluche à taille humaine leur distribue des friandises alors que les parents dansent en file indienne sur une musique qui laisse à penser aux chansons festives françaises mais au combien populaires. Sans en comprendre les phrases, nous sommes sûrs de trouver dans la chanson qui résonne dans les haut-parleurs de la salle qui grésillent, les mots : « chenille, tourner, serviettes, fête au village et saucisson…ou du moins, peut-être pas saucisson, le pays étant majoritairement musulman »

En ressortant de la salle, nous faisons connaissance avec un des serveurs de l’hôtel qui a vécu plusieurs années en France. Nous discutons quant soudainement, il nous propose de vivre une expérience extraordinaire : « Voulez-vous tirer à l’arme automatique ? » Nous sommes d’abord surpris d’une telle proposition, mais n’étant pas du genre à ne pas vivre des expériences, nous acceptons. Il nous emmène dans un des bâtiments de l’hôtel et nous présente Igor, un grand gaillard de près de deux mètres qui gère le club de tir de la ville et se trouve par chance dans le complexe hôtelier. Igor, malgré sa taille et sa corpulence est prévenant et une grande gentillesse émane de chaque pore de sa peau. Un peu à la manière de feu l’acteur Michael Clarke Duncan.

Idée reçue numéro 5 :  La sécurité au Kosovo est un sujet important pour les autorités. Et contrairement aux stéréotypes, les armes ne sont pas plus nombreuses que dans les pays voisins. De nombreux clubs de tirs existent et chaque tireur est soit licencié, soit titulaire d’une décharge signée. Chaque balle est ainsi comptabilisée.

Nous entrons dans le hall du club de tir qui dégage dès l’entrée une odeur de poudre, renforcé par le visuel de dizaines d’armes qui se trouvent derrière le comptoir ; juste derrière un écran d’ordinateur qui restitue les scènes figées des décors enregistrés par les nombreuses caméras de surveillance du site. Nous remplissons une décharge et serons deux à tirer : ma fille de 17 ans à qui Igor donne une dérogation et moi-même. Nous devrons batailler plusieurs minutes pour calmer la crise de nerf de mon fils de 6 ans, qui apprend qu’il ne pourra pas faire comme nous. Mais, en lui proposant de tenir un faux pistolet, Igor parvient à ramener le calme dans le site désert.

En sa compagnie, nous descendons dans les sous-sols du club de tir. Je passe en premier. Avant de commencer à tirer, Igor m’apprend les rudiments de la manipulation des armes à feu. Je dois tout d’abord placer les balles dans le chargeur. Insérer ensuite le chargeur et pointer mon arme vers la cible. Et tirer après avoir placé sur mes oreilles un casque et sur mes yeux, des lunettes de protection. Premier tir, la chance du débutant, je vise le centre de la cible…et l’atteint. Igor est surpris. Moi aussi. Non pas d’avoir eu de la chance de viser le centre, mais de subir le recul de l’arme d’une violence inouïe. Je viens de prendre conscience que les films américains ne font presque jamais état de ce mouvement de la main. Les tirs en biais, d’une seule main sont ainsi pour dire en totale inadéquation avec la réalité.

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Après avoir tiré à une dizaine de reprises et manqué deux fois la cible, ma fille me remplace. Elle fera presque aussi bien que moi. De l’avis de Igor, nous ne nous sommes pas mal débrouillés. Si les jeux ne sont pas truqués, la prochaine fête foraine dans laquelle nous nous rendrons pourra être le siège de futurs gains.

Nous saluons Igor qui nous demande la modique somme de 3 euros pour payer les balles utilisées et rejoignons notre chambre. Nous tombons de sommeil et malgré le bruit des tirs qui résonne encore dans nos oreilles, nous nous endormons profondément pour nous réveiller le lendemain matin de bonne heure.

Nous buvons un café sur le pouce et prenons notre véhicule pour rejoindre la ville de Prizren, le joyau du pays.

 

Le monastère Visoki Decani

Sur la route, nous faisons un arrêt dans une petite ville en périphérie de Peja. Nous prenons un petit-déjeuner un peu plus copieux et avant de monter dans notre voiture pour reprendre notre route, nous remarquons une petite boutique qui ne paye pas de mine dans laquelle, un grand panneau rouge indique : « 1 euros ».

En entrant dans le petit magasin, une sorte de bric à brac géant, ma fille découvre des centaines de produits de maquillage à 1 euro la pièce, des produits de grande marque bradés de la sorte ne peuvent rester sur les étals : « c’est un crime » me dit-elle, les yeux pétillant à l’instar d’un feu d’artifice. « Tu as trente euros ! pas un centime de plus »

Idée reçue numéro 6 : Si le pays est majoritairement musulman, l’islam pratiqué est un islam moderne et tolérant. Les femmes ne sont pas séparées des hommes et elles peuvent discuter leurs homologues du sexe opposé. Il n’y a pas de conflit inter-religieux et les communautés se fréquentent régulièrement.

Un peu à la manière des jeux télévisés où durant un temps limité des participants doivent remplir leur caddie, ma fille s’empare des rayons où rapidement mais avec précision, elle parvient en moins de dix minutes à remplir son contenant. Pour moi, tous ces produits se ressemblent, mais pour elle, chaque produit a son utilisation : les lèvres, les joues, les cils, les sourcils…qu’il est difficile d’être une fille…

Trente euros tout ronds pour elle. Un peu moins de dix pour le petit qui a négocié habilement pour l’occasion l’achat de quelques jouets. Nous pouvons repartir, le coffre chargée en produits divers.

Nous arrivons à la ville de Decani qui se trouve sur la route entre Peja et Prizren. Nous suivons les panneaux indiquant le monastère de la ville, un des plus célèbre du pays.

En sortant de la ville, nous nous engouffrons sur une route déserte qui contient deux gros blocs de béton armé, placés à quelques mètres de distance et qui pourraient arrêter la progression d’un char. Nous contournons le premier bloc, puis le deuxième avant de rejoindre la fin de la route.

Nous nous garons sur un parking, face à l’entrée du monastère dont la porte principale est close. Face à nous, une petite guérite gardée par deux militaires casques bleus qui sont sensés sécuriser les lieux. Il s’agit de deux Italiens.

 

  • Bonjour, est-il possible de visiter le monastère ?
  • Bonzour Mosieur, vous êtes Français ?
  • Oui, nous avons conduit jusqu’ici pour visiter le monastère.
  • Oui, mais il est tôut…tôt… C’est encore fermé, ça ouvre à dix heures.

 

Etant donné que je vois à travers la grille, un fort mouvement à l’intérieur du monastère, je tente ma chance.

 

  • Pourriez-vous demander à un des responsables s’ils ne peuvent pas faire une exception ?
  • Ma si, ze vais demander.

Le militaire se saisit de son téléphone et commence à parler dans un langage qui mêle l’Italien, l’Albanais et un peu d’Anglais. La teneur de son langage semble indéchiffrable, mais assez convaincante pour faire venir en moins de deux minutes, un des gardiens du monastère qui ouvre la grille. Je me présente immédiatement à lui et lui demande si nous pouvons visiter le site. Il réfléchit quelques instants et accède à notre demande.

Nous retournons à la guérite et échangeons nos passeports contre des laisser-passer.

Le monastère a été fondé par le roi Stefan Uroš III Dečanski en 1327. La charte originale de sa fondation est datée de 1330. À sa mort, en 1331, le roi y fut enterré et fit du monastère un lieu de pèlerinage populaire. La construction de l’ensemble monastique se poursuivit sous le règne de son fils Stefan Uroš IV Dušan et s’acheva en 1335, mais la décoration dura, quant à elle, jusqu’en 1350. En 2004, le monastère de Visoki Dečani a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et, en 2006, il a été placé sur la liste du patrimoine mondial en péril.

Nous entrons sur le site du monastère. Face à nous, au cœur d’une pelouse fraîchement tondue, la cathédrale, dédiée au Christ Pantocrator, construite en blocs de marbre rouges et jaune pâle. Elle a été édifiée à l’époque où le moine Franciscain Vitus de Kotor dirigeait le monastère. Elle se distingue des autres églises serbes de la même période par ses dimensions imposantes et par l’influence qu’elle a reçue de l’architecture romane. Juste derrière elle, les bâtiments d’habitations des moines qui vivent sur place, dans une sorte de couvre-feu permanent, protégés d’éventuels conflits du passé par des militaires qui semblent se demander ce qu’ils font là.

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Dans la cour, nous remarquons la présence de plusieurs personnes. Lorsque nous interrogeons le gardien, il nous explique que le monastère reçoit de nombreux visiteurs des pays alentours qui viennent s’y ressourcer et prier. Nous lui demandons ensuite si nous avons le droit de prendre des photographies ; il nous conduit alors devant le responsable des moines, un homme grisonnant d’une soixantaine d’années, vêtu d’une longue toge noire. Il nous salut en nous serrant la main et répond à l’affirmative à notre requête : « Il s’agit de votre sanctuaire » nous dit-il dans un Anglais approximatif.

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Nous pénétrons à l’intérieur de la cathédrale bondée de monde. Certains pèlerins prennent des photographies, d’autres allument des bougies. D’aucuns prient en passant à plusieurs reprises sous une sorte d’arche, leur passage, accentué par des prières répétées en boucle par un prêtre.

Les monastères orthodoxes ont ce de particulier, qu’ils mettent en avant une certaine forme d’ostentatoire, non pas pathétique mais au combien galvanisante. Les dorures omniprésentes renforcent le côté solennel du lieu et les fresques majestueuses sont un livre ouvert sur le passé. L’odeur des bougies plonge le visiteur dans un espace pieux, une sorte d’enclos totalement coupé du monde. Seuls au milieu d’un brouhaha respectueux, nous profitons d’un véritable moment de grâce, une sérénité qui nous embarque avec bienveillance dans un univers de béatitude et de calme.

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Nous explosons cette bulle en quittant la cathédrale, puis le monastère. Nous reprenons nos papiers d’identité et poursuivons notre route vers la ville de Prizren.

 

Prizren ou le joyau des Balkans

Sur la route, nous nous arrêtons dans un restaurant ; l’endroit ne semble pas payer de mine ; pourtant, un voiturier nous aide à nous garer.

Nous sommes conduits dans un parc extérieur où plusieurs tables sont occupées par des hommes d’un certain âge buvant un café. Les clients nous saluent alors que les serveurs se pressent à notre table pour discuter avec nous et s’enquérir de notre voyage.

Un des cuisiniers nous appelle afin de nous montrer les nombreuses spécialités qui cuisent dans des fours en pierre. Nous avons la chance de pouvoir y goûter avant de choisir nos plats.

Nous goûtons au Fli, un plat national représenté en une sorte de mille feuilles composées de plusieurs couches de pâte, séparées par un mélange de beurre et de yoghourt. Nous commandons également des Petla, des sortes de beignets à la viande et aux légumes et de manière plus consensuelle, une pizza quatre fromages.

Idée reçue numéro 7 : La propreté au Kosovo est une cause nationale. Les rues sont propres, tout comme l’hygiène des nombreux restaurants que nous avons testés, sans jamais tomber malade.

Après avoir posé avec les serveurs, nous reprenons la route, que nous quittons pour nous engouffrer sur une autoroute flambant neuve.

Après moins de deux heure de route, nous entrons dans la ville de Prizren. La ville ressemble aux petites villes de Province, mais cette impression de petitesse n’en est qu’une. Il nous faut presque dix minutes pour nous approcher du centre commercial.

Sur le chemin, nous apercevons un petit marché ; nous garons notre véhicule. En arpentant ses allées, nous découvrons des vendeurs ruraux qui se rendent une fois par semaine dans la ville afin de proposer les produits qu’ils récoltent encore à l’ancienne : des petites parcelles leur apportent ce dont ils ont besoin pour leur consommation personnelle et afin de ne pas gaspiller et concomitamment leur procurer quelques rentrées d’argent.

Dans le marché, une équipe de tournage turque qui effectue un reportage ; le producteur vient à notre rencontre pour nous enjoindre à ne pas apparaître dans le marché ; nos visages d’étrangers ne se marient pas forcément à la couleur locale. Nous en profitons pour découvrir les nombreuses boutiques qui entourent le parking.

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Nous nous rendons ensuite dans un petit restaurant où pour quelques euros, nous commandons plusieurs hamburgers. Nous nous dirigeons ensuite vers notre hôtel que nous avons réservé par Internet, pour quelques dizaines d’euros.

Le lendemain matin, après une nuit réparatrice, nous nous dirigeons vers le centre historique. Pour le rejoindre, nous décidons de laisser notre voiture sur le parking que nous avons trouvé et arpentons l’avenue commerciale de la ville. Enfin, les boutiques que nous croisons vendent surtout des vêtements traditionnels, généralement utilisés lors des grands évènements des familles kosovares.

Après une dizaine minutes de marche, le décor change : face à nous, le centre historique qui semble émerger de nulle part. Nous nous en approchons et découvrons une dizaine de ponts en pierre qui permettent aux visiteurs déjà nombreux en cette heure matinale de traverser la rivière Bistrica et de rejoindre ce quartier séculaire.

Idée reçue numéro 8 : Si une diaspora kosovare est importante en Europe, les habitants sont fiers de leurs pays et nombre d’entre eux ne voudraient le quitter pour tout l’or du monde. Les Kosovars qui vivent à l’étranger n’hésitent pas à retourner dans leur pays d’origine au minimum une fois par an et avec les devises provenant de l’étranger, ils contribuent à l’embellissement de leurs villes.

Les ruelles pavées nous amènent dans le décor magistral d’un autre temps, un peu comme si nous arpentions le passé. Les édifices religieux se succèdent et ne se ressemblent pas. La mosquée de Sinan Pacha dévoile ses formes arrondies alors que l’église de la vierge, plus austère dénote avec ses angles droits une rudesse qui n’en est pas une. Les nombreux cafés et restaurants proposent de bon matin, des senteurs agréables non pas de croissants chauds, mais de pizzas et d’hamburgers.

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Au cœur d’une petite place, une fontaine abreuve les visiteurs qui font la queue pour boire à pleine bouche une eau désaltérante. A chaque embouchure d’une ruelle, une nouvelle mosquée s’offre à nous ; Suzi Celebi, Gazi Mehmed Pacha, Saraç, Arasta, des noms symboles d’un Orient qui prends corps dans chaque pierre de ce tout uniforme.

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Dans les rues, des enfants courent et leurs rires résonnent en une symphonie de l’innocence. En découvrant cette ville, le visiteur est irrémédiablement empli d’un humanisme sans borne. Il se met à rêver d’avoir lui aussi une dizaine d’années, pour insouciant vivre son mistral gagnant.

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Pour retourner à notre véhicule, nous arrêtons un taxi ; le chauffeur, Xhepi, un Albanais de 35 ans nous conte quelques bribes de vie. Ses récits linéaires et s’enchaînant à la vitesse des mots sortant de la bouche d’un rappeur sont chronophages. Nous sommes obligés de descendre du véhicule afin de continuer à le laisser travailler, mais ces quelques minutes passées en sa compagnie furent enrichissantes.

 

Pristina, la capitale

Nous quittons la ville de Prizren et rejoignons la ville de Pristina, capitale du pays. Sur la route, nous faisons une halte dans un hôtel de petite qualité, géré par un jeune couple. Le lendemain, nous nous levons de bonne heure pour faire notre entrée, après quelques dizaines de kilomètres, dans la capitale qui se dévoile un peu comme nous l’avions imaginé : foisonnante, impétueuse, pressée.

Nous n’avons pas le temps de faire quelques kilomètres dans la ville que des bouchons nous ralentissent dans un premier temps, puis nous immobilisent.

La ville de Pristina, à la différence des autres villes du Kosovo ne comprend pas de centre historique. Pour rejoindre le centre piéton, il nous faut circuler près d’une heure pour enfin parvenir à nous garer.

En descendant de notre véhicule que nous laissons dans un stationnement privé, nous pénétrons dans l’avenue principale de la ville. Sur notre gauche, plusieurs statues ainsi que le théâtre national.

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Nous continuons d’avancer sur une avenue moderne, ponctuée de points de vente ambulants avec des marchands qui sourient à notre passage, comme s’ils savaient que nous étions étrangers.

Des enfants ainsi qu’un chien jouent en traversant une série de jets d’eau en essayant de ne pas se faire mouiller. Gare à celui qui n’a pas de chance, une sorte de jeu de la patate chaude où la fraîcheur remplace la chaleur. Une petite fille de même pas sept ans se fait arroser ; son rire éclatant résonne sur l’avenue.

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Nous faisons une halte dans un petit square dédié à Mère Theresa. Des personnes âgées sont assises sur des bancs et se détendent. Un marchand de barbe à papa nous tente à l’achat. Nous cédons.

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Il allume son appareil qui fonctionne avec de l’huile et après que la température escomptée a été atteinte, il pose délicatement des petits morceaux de sucre colorés. La magie opère ; nous sommes subjugués de découvrir cet ustensile d’un autre temps et encore plus lorsqu’autour d’un morceau de bois, les paillettes et fils de sucre adhèrent.

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Durant le reste de l’après-midi, le vague à l’âme, nous arpentons cette ville moderne, avant de rejoindre notre hôtel pour une nuit de sommeil réparateur.

 

Le lendemain matin, nous partons de bonne heure et prenons la route en direction de la Macédoine voisine.

En arrivant au poste frontière, après une alternance d’autoroutes en rénovation et de routes nationales, nous sommes tristes de laisser derrière nous un peuple si formidable et qui nous a accueillis avec tant de générosité. Nous sommes également tristes que ce peuple si brave ne puisse pas vivre pleinement sa vie en brandissant sa nationalité à un monde qui partiellement le punit de son envie de liberté, de sa quête d’identité. Nous sommes également tristes de ces clichés le concernant véhiculés par de nombreux médias et de nombreux blogueurs qui en parlent sans le connaître, sans prendre la peine de voir à quel point il mérite notre respect.

Kosovo Fille