Voyage en Transnistrie, le pays d’Europe qui n’existe pas

Sealand, Uzupis, Christiana…Vous ne les connaissez pas et pourtant ces pays existent sans existence légale. Situés de par le monde, ces micro-nations, souvent auto-proclamées sont le reflet de la volonté d’un homme ou d’une communauté souhaitant bâtir un monde nouveau. Généralement utopistes, ces entités non reconnues par l’Onu n’ont pas d’existence légale mais peuvent se targuer d’une indépendance et d’une liberté…somme toute relative ou du moins permise par les pays dans lesquels elles se trouvent.

Mais dans le lot des nations qui n’existent pas, certains pays…paradoxalement existent. C’est le cas de la Transnistrie, une bande de terre de l’est de la ­Moldavie qui longe le fleuve Dniestr duquel elle tire son nom. Une sorte de mini Chili en plein cœur de l’Europe qui porte en réalité la dénomination officielle de : « République moldave du Dniestr ».

Frontalière de l’Ukraine, ancienne région de la Moldavie, de laquelle elle a fait sécession en déclarant son indépendance en 1991, à la dislocation de l’URSS, la Transnistrie soutenue par les forces russes parvint en 1992, après une année d’affrontement avec les forces moldaves à obtenir un cessez-le-feu et à installer durablement son existence uniquement de fait et non de droit, puisque aucun pays de la scène internationale ne la reconnaît, pas même la Russie, qui continue cependant de la maintenir à flot à grands coups de roubles. Et ce même si en 2006, dans une parodie de référendum, les électeurs ont voté à 97% pour l’indépendance et pour le rattachement au pays de Vladimir Poutine.

En 2020, l’armée russe contrôle toujours le territoire, qui semble s’être arrêté à l’époque des soviets, même si ces dernières années, le pays a tendance à se moderniser. Il faut dire qu’à la différence des nations mentionnées précédemment, la Transnistrie dispose de tous les attributs lui permettant d’exister : une monnaie, une gestion de ses frontières, une armée, un président, un parlement, un hymne et un drapeau. Et surtout, à la différence des micro nations évoquées, le territoire s’étend sur près de 4163 kilomètres carrés et comporte une population de plus de 500 000 habitants, de quoi lui permettre de compter dans la région.

Mais, la superficie de la Transnistrie n’est pas la même, selon que l’on analyse l’étendue de son territoire en droit et dans les faits. En droit, selon l’accord signé en 2003, il est défini avec le raion de Dubăsari entier, mais sans la ville de Bender (Tighina) et sans les territoires voisins situés rive droite du Dniestr. Par contre, dans les faits, la Transnistrie  est composée de la ville de Bender (Tighina) et des territoires adjacents rive droite du Dniestr, amputés des communes de Cocieri, Molovata Nouă, Corjova, Coșnița, Pîrîta et Doroțca qui ont choisi de se placer sous l’autorité de la Moldavie.

Durant notre tour d’Europe, accompagnés de notre voiture personnelle, nous avons visité cet endroit déconseillé par le ministère des affaires étrangères et interdit de circulation par les assurances routières européennes.

Nous avons ainsi découvert un pays ouvert et tolérant, un peu éloigné des clichés et des fantasmes propagés par les quelques voyageurs en herbe qui l’ont traversé et qui tentent de se faire mousser en communiquant sur la dangerosité supposée d’une terre qu’ils décrivent comme une : « terre de soviets » dans laquelle les chars et les soldats armés font régner la terreur en pleine rue.

Si vous souhaitez découvrir notre récit de voyage photographique vous présentant de manière détaillée la Transnistrie, n’hésitez pas à vous rendre sur le lien suivant : https://hors-frontieres.fr/recits-de-voyage-transnistrie/

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L’arrivée dans le pays

Alors que nous visitons la Moldavie depuis plusieurs jours, nous nous apprêtons, en provenance de la ville d’Orhei, à entrer dans un pays fantôme, une sorte de no man’s land déconseillé par le ministère des affaires étrangères et accessoirement et étant donné que nous circulons avec notre véhicule personnel, par notre assurance automobile.

Il faut dire que le pays a une réputation sulfureuse. Longue bande intégrée au cœur de la Moldavie, frontalier à l’Ukraine voisine, il fait parler de lui comme étant un des derniers bastions communistes de la planète. Depuis sa sécession, il alimente les fantasmes et subit les courroux de tous les médias qui ne peuvent s’y approcher, les journalistes n’y étant pas les bienvenus.

Les rares blogueurs qui s’y sont rendus ont fait état d’une atmosphère anxiogène alimentée par une corruption endémique et un irrespect total des droits de l’homme. La population moldave n’y est pas la bienvenue et l’armée russe, omniprésente. Il n’en faut pas beaucoup plus pour que les théories du complot de tout poil se propagent comme une trainée de poudre : trafic de drogue, trafic d’organes, assassinats politiques. Et pour peu que les quelques voyageurs qui y ont mis les pieds et qui pour se faire galvaniser par leur communauté en rajoutent un peu, le pays n’est pas près concomitamment d’atteindre la respectabilité suffisante et de se voir reconnu de manière officielle par d’autres états. Pour preuve, il n’est reconnu aujourd’hui que par des états qui se trouvent dans la même situation que lui : Abkhazie, Ossétie du Sud, Haut-Karabagh.

Et c’est dans ce pays malmené sur la scène internationale que nous nous apprêtons à entrer, après une longue ligne droite sur laquelle, les panneaux en moldaves disparaissent progressivement pour se voir remplacer par des inscriptions en cyrilliques.

Après plusieurs kilomètres sur une route déserte, nous sommes arrêtés à un check point moldave dans lequel des soldats nous tamponnent notre passeport en nous souhaitant dans un anglais approximatif : « courage ». Nous continuons notre route et après quelques minutes, nous dépassons une sorte de grand panneau contenant un sigle inconnu : la Transnistrie se dévoile avec pudeur.

Ce n’est qu’après quelques mètres que le check point officiel du pays nous oblige à nous arrêter. D’une guérite en bois, sortent un, puis deux soldats qui se fixent devant notre voiture en regardant avec sidération notre plaque minéralogique. Je ne sais s’ils se pincent, mais ils semblent ne pas en croire leurs yeux. Ils s’approchent de nous ; je descends et les salue en Français tout d’abord, puis en Anglais.

Contrairement à ce que j’aurai pu penser, ils s’expriment dans un Anglais impeccable : « Des Français avec leur véhicule…surprenant. Vous ne vous êtes pas perdus ? »

– Je souhaite me rendre en Ukraine. En même temps, nous avons souhaité découvrir votre beau pays.
– Vous n’êtes pas journaliste ?
– Un journaliste qui voyage avec sa femme et ses deux enfants. Ce n’est pas commun.

Il éclate de rire.

– Puis-je fouiller votre véhicule ? Pas d’arme, de drogue, de médicaments interdits ?
–  Vous pouvez bien entendu fouiller notre véhicule. Je vais vous ouvrir le coffre.

Je joins alors le geste à la parole en lui ouvrant le coffre ; il fouille furtivement sans ouvrir nos bagages, puis tombe sur notre trousse de médicaments, qu’il s’évertue à tenter d’analyser. En lui expliquant rapidement la portée de ces médicaments, des basiques permettant de soigner du mal de tête aux douleurs intestinales, il ne cherche pas à en savoir plus et me demande de lui présenter les papiers du véhicule, qu’il emmène à son collègue resté dans la guérite. L’homme à la corpulence prononcée ne bouge pas de son siège, épuisé par un métier qui ne le passionne pas. Il nous parle en Russe ; nous ne comprenons pas. Son collègue retourné sur le bord de la route nous rejoint à notre demande pour assurer la traduction.

– Nous vous octroyons une journée de visa.
– Une journée ne sera pas suffisante. Peut-on bénéficier d’un peu plus de temps pour découvrir votre pays ?

Une petite conversation avec son collègue suffit à nous octroyer 3 jours, un temps bien plus long que ce que nous comptons rester, mais suffisamment étendu pour nous permettre de découvrir le pays sans nous presser. Le visa est gratuit, mais étant donné que nous entrons sur le territoire avec notre véhicule, nous devons payer une somme de 35 euros qui regroupe les frais de dossier et l’assurance routière incluse dans le tarif. Nous payons et pouvons entrer dans ce pays mystérieux.

Transnistrie Jeune fille

La découverte d’un territoire pas si fantôme

En circulant sur cette route, nous ne croisons que quelques tracteurs, le paysage alentour étant constitué d’une alternance entre des champs qui s’étendent à perte de vue et des petits villages.

En arrivant dans une ville de taille moyenne, nous faisons une halte dans un magasin vendant de l’électroménager afin de procéder au change de notre monnaie. La vendeuse ne parle pas très bien Anglais, mais lorsque je sors un billet de 100 euros, elle me comprend immédiatement et fait appeler son responsable : Boris, un jeune quarantenaire dont la moustache finement taillée dévoile un côté moins bourru qu’il dégage à la première impression se présente à nous.

Aidé de sa calculatrice, il me montre un montant en rouble transnistrien, un peu au-dessus de ce que j’avais escompté. J’accepte le change. Il me salue en russe et fort de mes 2100 roubles, je retourne dans mon véhicule en prenant la route de la ville de Bender, situé à l’Est, comme tout le pays, du fleuve Dniestr.

Tous les panneaux que nous dépassons sont écrits en cyrillique, mais notre GPS, à la différence de notre assurance, nous permet de nous guider dans ce pays qui n’existe pas. Les petits villages que nous traversons semblent placides et l’ambiance générale que nous ressentons ne diffèrent en l’instant, pas de ce que nous venions de rencontrer en Moldavie voisine. Même si de manière éparse, quelques tours d’immeubles semblent à l’abandon.

Sur le bord du chemin, une vielle femme portant un foulard épais noué autour de sa tête nous fait un signe de la main après avoir vu notre véhicule. Vêtue d’une robe violette comprenant des motifs en forme de palmiers, elle nous propose des abricots au prix imbattable de 1 euro le kilo, soit 20 roubles. Nous acceptons et commençons à discuter avec elle, même si nous ne nous comprenons pas.

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Attirée par la présence d’étrangers aux portes de sa maison, une voisine nous rejoint et se prête après quelques minutes d’échanges verbaux, au jeu de la photographie. S’arrête alors une voiture comprenant plusieurs jeunes hommes, attirés irrésistiblement par notre plaque minéralogique. S’ensuit une conversation hachurée dans laquelle quelques mots d’Anglais parviennent je ne sais pas comment, à donner un sens cohérent à la discussion. Nous expliquons que nous souhaitons découvrir un peu la vie des habitants. Sergei, un des hommes nous explique comment rejoindre son frère, agriculteur qui travaille dans un champ en direction de la ville de Bender.

En vingt minutes, nous le rejoignons ; l’homme conduit un tracteur et travaille avec son fils dans un champ qui s’étend à perte de vue. Nous garons notre véhicule sur le bas-côté et le rejoignons vers le milieu du champ. Il coupe le contact à notre vue et descend. Sous un soleil de plomb, il retire sa casquette et s’essuie le front. Nous mentionnons le nom : « Sergei » et lui montrons nos yeux, puis son tracteur. Sans maîtriser la langue des signes, nous lui faisons comprendre notre envie de découvrir son métier. En quelques secondes, l’homme répète le prénom de son frère et sans crier gare, remonte dans son tracteur.

Entre temps, son fils qui l’a rejoint pour l’interroger sur la raison de notre présence est exhorté mécaniquement à grand renfort de gestes avec les bras, à retourner à l’intérieur de son engin agricole. Le travail reprend ; l’homme me laisse monter à ses côtés. Durant le labourage qu’il mène, il tente bien de me parler, mais le bruyant moteur empêche toute compréhension…ma non-maîtrise de la langue russe également, bien entendu.

Après une heure passée en sa compagnie, nous retournons dans notre véhicule, non sans l’avoir salué longuement et avoir refusé par manque de temps de le suivre pour boire un verre de Vodka, qu’il m’a longuement montré, lorsqu’assis à ses côtés, je profitais de son expérience d’agriculteur.

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La ville de Bender

Rapidement, nous entrons dans la périphérie de Bender, une des plus grandes villes du pays.

Située au Sud de la Transnistrie, dans la zone économique optimale du territoire, Bender est une ville agréable séparée de la capitale Tiraspol par la ville de Parcani. Mais dans les faits, les trois villes sont collées les unes aux autres.

Bien que située sur la rive droite du Dniestr, en Bessarabie, la ville d’une population de 130 000 habitants ne fait pas partie de la Transnistrie et comporte une grande population moldave. Mais dans les faits, le gouvernement central y impose son autorité, et malgré les revendications de la Moldavie, seules les forces transnistriennes y régulent la sécurité.

D’ailleurs, le nom Bender est partagé avec l’autre appellation officielle de la ville : Tighina. De fait, pour les autorités transnistriennes comme pour la coalition pro-russe PCRM-PSRM gouvernant la Moldavie, le nom de Bender  est officiel. En droit international, Bender et Tighina sont tous deux admis dans le cadre du bilinguisme défini par la législation moldave pour la « Région autonome » russophone de la rive gauche du fleuve.

En entrant dans la ville, nous franchissons un poste de contrôle devant lequel, des gardiens, trop occupés à contrôler un agriculteur ne nous remarquent même pas. Blender se dessine au gré de notre avancée ; les barres d’immeubles qui se succèdent donne à l’endroit un côté suranné et à chaque coin de rue, la marque Sheriff, conglomérat d’une multitude de sociétés appartenant à Viktor Gushan, un ancien membre des services secrets russes s’impose à tous.

Nous dépassons la forteresse de la ville, contrôlée par les forces moldaves pour arriver dans un petit centre dans lequel nous apercevons plusieurs monuments d’obédience soviétique. Nous nous garons dans une rue commerçante et découvrons avec une certaine ferveur les vieux tramways qui semblent nous transporter dans le siècle passé. Les gens que nous croisons avancent sans regarder autour d’eux, des sortes de funambules sans filet, programmés pour avancer. Mais, leurs visages n’en sont pas fermés pour autant. Nous ne comptons plus les tentatives d’entrer en contact avec nous, un peu comme si nous étions d’ailleurs. Sans se tromper, car d’ailleurs, nous sommes.

En entrant dans le marché de la ville, nous découvrons de nombreux étals sur lesquels, les petits vendeurs tentent de placer leurs légumes, le tout face à un vendeur de journaux et une vendeuse de fleurs qui a placé sur le sol de manière ostentatoire, tout son panel de produits dans une dichotomie de couleurs particulièrement disharmonieuse.

Nous faisons une halte dans un magasin de jouets avant de rejoindre notre véhicule. Mais, la faim nous tiraillant, nous entrons dans un restaurant branché de la ville.

Nous nous asseyons alors que le serveur, en verve, nous tend une carte sur laquelle, les plats sont représentés par des photos. Un grand soupir de soulagement nous envahit : nous allons pouvoir manger ce que nous souhaitons sans risque de nous tromper. Nous nous laissons tenter par des beignets en entrée, puis par plusieurs plats de viande. Avant de terminer par un dessert.

Le repas est copieux et gustativement parlant, très fin. La cuisson des beignets est parfaite ; ils restent visqueux tout en conservant leur texture ; la viande est assaisonnée à souhait et le dessert comprend plusieurs boules de glace faîtes maison. Mais la surprise vient au moment de nous tendre la facture. Seulement 6 euros. Il faut dire que le salaire moyen de 200 euros entraîne une baisse générale des prix dans tout le pays. Nous allons le découvrir avec le petit hôtel que nous avons réservé pour la nuit, coûtant la somme de 10 euros, petit-déjeuner compris.

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Les sites incontournables en direction de Tiraspol

Le lendemain matin, nous rejoignons situé non loin de Tiraspol, le monastère de Noul Neamt conçu en 1861, lorsque plusieurs moines du monastère de Neamț sont partis et ont fondé Noul-Neamț à Chițcani. Le monastère fut fermée en 1962 par les autorités russes et transformé en hôpital. Ce n’est qu’en 1962 qu’il ouvre à nouveau et retrouve ses fonctions religieuses. Nous ne nous attardons pas sur le site et rejoignons la cave de Kvint.

La cave qui se visite en partie représente la fierté nationale. Si la cave produit une grande variété d’alcools, son eau de vie éponyme lui permet de bénéficier d’une aura qui dépasse les frontières et lui a permis de survivre depuis 1879, date de sa création à toutes les pérégrinations du territoire sur lequel elle se trouve.

Issus des vignes de Bessarabie, les raisins qui ont la chance d’être cueillis et acheminés vers Tiraspol sont transformés en alcool au travers d’une double distillation dans des alambics en cuivre, un vieillissement dans des fûts en bois de chêne, et une réduction à l’eau distillée.

Possibilité s’offre ensuite à nous de rejoindre le Nord du pays, mais cette partie du territoire ne dépasse pas à certains endroits 10 kilomètres de largeur, ce qui nous ferait prendre trop de risque en franchissant illégalement les frontières avec la Moldavie ou de l’Ukraine de manière aléatoire. En outre, l’activité économique et touristique du territoire s’effectuant dans le Sud, il ne nous faut pas longtemps pour prendre la décision qui s’impose : rejoindre la capitale Tiraspol.

Transnistrie Tiraspol Place centrale

Tiraspol, la capitale

Après une longue route qui traverse la périphérie de la ville, nous entrons dans un centre austère de petite taille. Si Bender brillait par des immeubles austères, Tiraspol a tout d’une ville moderne, les nouvelles constructions étant omniprésentes.

Il faut dire que Tiraspol, étymologiquement : « la ville sur le Dniestr » est une pièce centrale de la Transnistrie.  Se situant à seulement 64 km au sud-est de Chişinău, elle possède une histoire riche, son nom étant apparu en 1792 lors de la bataille russo-turque.

Stratégique, puisque voisine de Bender, la place forte d’antan sous suzeraineté ottomane fut durant l’entre-deux-guerres, le siège de la fonderie du régime soviétique et cette riche histoire industrielle se répercute encore aujourd’hui, puisque dans la ville, se trouvent de nombreuses usines.

Nous garons notre véhicule et après avoir effectué la rencontre d’un joueur d’accordéon qui nous gratifie de sa musique qu’il, volontairement, joue de manière langoureuse, nous nous rendons aux pieds du monument Suvorov, une grande statue représentant un cavalier et son cheval hennissant fortement ; la posture du cavalier scellant la postérité d’un mouvement solennel démontre toute la verve du pays : patriote et fier, quand bien même seul au monde.

Un petit détour par le green market center nous dévoile de nombreux vendeurs qui proposent leurs produits. Bien plus grand que le marché de Bender, mais pas aussi bien achalandé, le marché nous donne cependant la possibilité de découvrir en immersion des pans de la vie locale.

Paradoxalement, les gens dans la ville sont ouverts et accueillants. A notre vue, ils nous arrêtent pour nous demander d’où nous venons et lorsque le nom de la France résonne, la surprise passée, tous ont dans la bouche : « Paris, la ville de l’amour » Un peu réducteur de nous associer à notre capitale, mais tellement touchant de voir que les fantasmes sur les Français s’ancrent dans les mœurs, la France, le pays de la gastronomie, du luxe et de la volupté. Une légende si ancrée dans les mœurs, qu’ils sont des milliers chaque année à tenter de fuir leur quotidien pour un avenir meilleur, en Russie et en Europe, essentiellement dans cette : « France » qu’ils admirent tant.

En nous rendant dans le centre, nous découvrons le Mig-19 monument et entrons dans un commerce afin d’acheter quelques denrées alimentaires. Contrairement à ce que nous aurions pu prévoir en écoutant les informations diffusées sur Internet, il n’y a pas ou peu de militaires dans les rues. Le grossissement des informations est toujours préjudiciable. A entendre certains voyageurs spécialistes de la destination, je m’attendais à découvrir sous les hymnes des cœurs russes projetés au travers de grands haut-parleurs, l’URSS du temps de la guerre froide avec tout l’attirail ostentatoire : chars, militaires armés, espions présents à chaque coin de rue.

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Si le pays est dictatorial, notre temps de présence court ne nous permet pas de le vivre. Si les chars sont bien dans la rue, ils se trouvent sur des estrades, exposés à la vue de tous comme un rappel de la guerre qui a secoué le pays en 1991, lors de sa sécession avec la Moldavie voisine.

Non loin du Tank monument aux abords duquel, des tombes de soldats du pays sommeillent, nous découvrons la banque nationale, la House of soviets ainsi que le Supreme soviets, trois grands bâtiments administratifs dans lesquels se déroulent la vie politique du pays.

Après cette immersion dans l’histoire de la Transnistrie, nous nous rendons dans le parc qui se trouvent aux abords du fleuve Dniestr ; sur des bancs sont assis des familles, alors que des enfants jouent sur les pelouses du parc.

Pour quelques centimes, nous choisissons d’effectuer une balade en petit train. Le conducteur nous sort le grand jeu : il allume une radio et nous pouvons y entendre des chants russes. Nous n’avons pas nos cœurs de l’armée rouge, mais quelques chansons traditionnelles nous suffisent.

Dans la soirée, après avoir mangé dans un petit restaurant, il est temps de rejoindre notre hôtel, un quatre étoiles que nous payons 50 euros. L’hôtel de belle qualité comporte une piscine dans laquelle nous nous rendons afin de profiter de la quiétude de cette soirée.

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Le départ

Le lendemain matin, nous effectuons quelques kilomètres pour rejoindre l’Ukraine du Sud voisine. En arrivant non loin de la frontière, nous remarquons qu’il nous reste presque 40 euros à dépenser, étant donné qu’aucune banque dans le monde n’accepterait d’effectuer le change du pays. Nous remarquons alors que les coûts aux abords de la frontière son si bas que nous devons nous y prendre à plusieurs reprises avant d’effectuer un calcul. Pour 10 euros, nous faisons le plein, pour 10 euros, nous achetons des centaines de cigarettes et pour 10 euros, près de 5 litres d’alcool. Avec les 10 euros restants, nous achetons plusieurs kilos de nourriture. Et c’est ainsi chargé que nous franchissons la frontière et quittons ce pays qui n’existe pas…enfin de ce qu’on nous a dit.