La Mauritanie, les incontournables de l’Adrar Partie 1

Pays d’Afrique, la Mauritanie est constituée en majeure partie du désert du Sahara ; nous avons choisi de nous y rendre afin de découvrir des villes millénaires, des sites archéologiques uniques au monde et d’en connaître un peu plus sur cette vie où des hommes sont parvenus à dompter la nature et vivre dans des conditions difficiles, là où le courage et le sacrifice sont les maîtres-mots de leur destinée.

A l’instar de la Tunisie, la Mauritanie a souffert depuis plus d’une décennie d’un cafouillage administratif qui l’a placé à tort sur la liste des états dangereux. Pour preuve, l’inscription en rouge sur la majeure partie des cartes éditées par les ministères des affaires étrangères des pays occidentaux, inscription qui a porté un frein à son développement touristique.

Alors que depuis mars 2019, le pays a vu son degré de dangerosité passer du déconseillé au risque réduit, nous avons précédé ce changement de considération en rejoignant l’Adrar, cette région centrale qui possède des trésors insoupçonnés et dont les nomades ont façonné l’histoire.

Voici le récit complet de ce voyage au cœur du voyage, de cette découverte de nous-mêmes et de cette émotion qui ne nous a jamais quittés dans ce pays magique, une aventure humaine qui restera à jamais gravé dans nos mémoires.

Et ce en partie grâce à notre guide Isselmou, véritable nomade du désert qui nous a accompagné tout du long de notre périple. Pour ceux qui souhaitent le joindre, il est joignable par Whatsapp au 00 222 36 32 58 57 ou sur son mail : agence.isselmou@yahoo.fr

 

Pour découvrir le récit littéraire de notre deuxième partie de voyage, qui nous a conduit des cercles de Richât à Wadâne, rendez-vous ici : https://hors-frontieres.fr/les-incontournables-de-mauritanie-des-cercles-de-richat-a-atar/

 

Pour découvrir le récit photographique de notre voyage au cœur de la Mauritanie, rendez-vous sur le lien suivant.

 

Pour découvrir l’article vous expliquant les coulisses de l’organisation de notre voyage, il suffit de vous rendre ici.

L’arrivée à Nouakchott

En descendant de l’avion, nous profitons des bienfaits d’une température de plus de 25 degrés en pleine nuit ; et c’est en retirant notre pull, vestige de Bruxelles, notre aéroport de départ, que nous prenons réellement conscience du début de notre séjour mauritanien.

Nous rejoignons le hall d’entrée et tentons de dépasser le maximum de personnes, afin de ne pas devoir trop attendre lors de la réalisation de nos visas qui s’éditent sur place ; malheureusement, malgré notre précaution, nous devons attendre devant deux guichets vides étant donné que l’ordinateur censé délivrer les visas au prix unitaire de 55 euros sont tombés en panne.

En attendant, nous découvrons nos bagages qui tournent sur le tapis roulant les distribuant ; en voyant tous les arrivants se ruer sur leurs biens, nous avons peur qu’un individu mal intentionné s’empare de nos valises ; en nous présentant avec nos passeports a guichet de la police aux frontières et en expliquant notre cas, un agent accepte de nous accompagner afin qu’on récupère nos affaires.

Nous en profitons pour faire la connaissance d’Isselmou, notre guide que nous reconnaissons entre mille ; vêtu d’un turban et d’un vêtement du désert, l’homme possède un charisme indéniable, une sorte de dichotomie ambiante alors que les gens, dans leur immense majorité sont vêtus de vêtements modernes ; nous l’embrassons, même si ce dernier me prévient qu’il ne peut serrer la main de Murielle, ma collaboratrice, la religion musulmane imposant une distance entre les hommes et les femmes. Mais, après notre séjour, et notre rapprochement, nous considérant comme de la famille, il n’hésitera pas à lui faire l’accolade. En attendant, nous lui confions nos valises et retournons patienter devant le guichet des visas.

Après trente minutes d’attente, nous pouvons enfin entrer dans le bureau dans lequel, un agent de la police aux frontières nous délivre notre sésame, sans nous demander autre pièce justificative que notre passeport.

Nous passons le contrôle aux frontières ; l’agent qui nous réceptionne nous agrémente d’un : « Bienvenue en Mauritanie »

Nous faisons connaissance avec la compagne d’Isselmou, en grimpant dans le véhicule, un beau 4/4 Toyota qui nous conduit jusqu’à notre hôtel.

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La nuit à la maison d’hôte Jeloua

L’heure étant tardive, nous rejoignons immédiatement notre chambre, que nous payons 25 euros, un prix correct pour la ville ; épuisés par un trajet qui nous aura fait traverser une partie de l’Allemagne, du Luxembourg, de la Belgique, puis après avoir pris un vol de Bruxelles à Tunis, puis un autre en direction de Nouakchott, nous tombons de sommeil et nous nous plongeons sous la moustiquaire…du moins, je plonge sous la moustiquaire, Murielle lui préférant le petit lit sans protection, choix qu’elle regrettera le lendemain en me présentant ses jambes dévorées par les moustiques…enfin selon elle, car pour ma part je ne vois que deux boutons rouges se battant en duel…et encore, pas convaincu qu’il s’agit de moustiques.

Après quelques heures de sommeil tout de même réparatrices, nous rejoignons le jardin de l’établissement duquel nous commandons un petit-déjeuner au prix de 5 euros par personne ; le petit-déjeuner est basique, mais il nous permet de récupérer.

La maison d’hôte Jeloua est joignable au 00 222 45 29 06 80 ou sur le site Internet de l’établissement : http://www.escales-mauritanie.com/

Alors que nous discutons avec un homme d’affaire qui a donné rendez-vous à des futurs clients européens, Isselmou, toujours vêtu à la : « Lawrence d’Arabie » nous rejoint, la petite mine. La veille, il a mangé dans un restaurant sénégalais et au travers de ses symptômes : nausée, vomissements, fatigue, nous suspectons une intoxication alimentaire, les douleurs abdominales étant renforcées par la prise d’antibiotiques en vue de soigner un abcès dentaire. Nous lui distribuons quelques pansements gastriques et allons suivre de près son état…qui ne me donne pas confiance en la cuisine sénégalaise…du moins, dans la ville de Nouakchott.

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Le visa malien

En sa compagnie et car il connaît un préposé à l’ambassade du Mali, nous nous rendons directement dans un quartier résidentiel de la ville afin de faire notre visa ; sur la route, nous faisons une halte afin de faire des photocopies de notre billet d’entrée sur le territoire (ndlr : le Mali refuse les passages par voie terrestre, le pays étant la victime de groupes terroristes influents, les enlèvements par voie terrestre sont légions), de nos passeports et d’une réservation d’hôtel.

Nous entrons dans le consulat, surveillé par un garde armé et nous nous rendons dans une pièce où une dame charmante nous accueille et nous demande la somme de 20 euros, soit une économie de près de 100 euros par visa effectué en France. Nous patientons et sommes appelés quelques minutes après par le consul adjoint qui nous demande notre billet retour ; étant donné que nous souhaitons effectuer le retour depuis le Mali, donc faire l’acquisition d’un billet après avoir ressenti la situation sécuritaire du pays, nous arguons une justification à laquelle, même nous ne croyons pas : « le ticket acheté est un billet aller-retour, mais le retour ne s’est pas inscrit sur le ticket, suite à une erreur d’impression » Contre toute attente, le consul adjoint valide notre visa, qui nous est remis dans la foulée.

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La ville de Nouakchott

Nous pouvons rejoindre le centre-ville. Malheureusement, nous sommes pris dans des bouchons terribles, la ville de Nouakchott se développant démographiquement bien plus rapidement que ses infrastructures.

Près d’une heure d’attente plus tard, nous découvrons le centre-ville, qui ne présente que peu d’intérêt, mis à part une mosquée ainsi qu’un front de mer qui se rejoint après trente minutes de route et duquel, les visiteurs peuvent apercevoir l’arrivée, en fin d’après-midi, des pêcheurs.

Nous découvrons tout de même le marché central de la ville qui laisse se côtoyer les vendeurs alimentaires et les marchands de vêtements.

Un homme tente tant bien que mal d’évacuer les nombreuses mouches qui s’accumulent sur des morceaux de viande pour lesquels le respect de la chaîne du froid est une vague utopie. A ses côtés, une femme, un jeune enfant sur les genoux fait cuire dans de l’huile bouillante, des beignets qu’elle malaxe devant nous.

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D’une manière générale, dans une cohue indescriptible, les biens passent de main en main. Etant donné que le marché est local, nous nous trouvons être les seuls étrangers sur place ; autant dire que les regards nous dévisagent, surtout lorsque nous prenons des photos et des vidéos. Pour plus de sérénité, nous accompagnons Isselmou dans le magasin de son frère aîné ; après nous avoir offert un bon thé et effectué le change de notre argent à un prix défiant toute concurrence comparée au taux officiel, nous lui demandons s’il peut nous accompagner dans le marché. Isselmou mandate son frère qui mandate un autre homme, bien intégré dans la population locale.

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En sa compagnie, nous sommes facilement acceptés par les vendeurs et les acheteurs et pouvons à notre guise prendre les photos et les vidéos que nous souhaitons. Nous restons bien une heure sur place avant de rejoindre Isselmou, qui malgré la quantité impressionnante de thé qu’il ingurgite ne se sent toujours pas mieux.

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Le trajet Nouakchott Atar

Nous décidons tous ensemble de manger un morceau et pour plus de sécurité, nous nous rendons à la maison d’hôte Jeloua, dans lequel nous faisons connaissance avec la patronne, une française expatriée en Mauritanie depuis une dizaine d’années.

Il est temps pour nous de prendre la route vers la ville d’Atar, dans le cœur de l’Adrar, la région désertique dans laquelle nous nous rendons. Il nous faut près de 5 heures pour effectuer les 400 kilomètres qui séparent les deux villes. Néanmoins, la route longiligne est directe et de bonne qualité ; il faut cependant faire attention à la somnolence qui frappe les conducteurs, les paysages étant peu variés ; en outre, la limitation de vitesse à 80 km/h ralentit la progression…et ce sans compter les nombreux villages traversés, qui s’ils donnent la possibilité de découvrir un décor varié oblige à plus de prudence.

Le plein d’essence est une première étape pour Isselmou, tout comme l’est son passage à la banque afin de récupérer un peu de liquidités. Une fois ces démarches organisationnelles effectuées, le départ est effectif.

Nous sommes tout d’abord subjugués de découvrir progressivement l’effacement de la civilisation qui revêt la forme d’une disparition des petits villages, disséminés le long de la route en proche sortie de la capitale. Nous quittons ainsi un univers bruyant empli de vie pour arpenter le domaine du silence, uniquement perturbé par le bruit du moteur sur un goudron fraîchement posé. Mais rapidement, l’ennui survient…puis le stress, lorsque regardant Isselmou, je remarque que son état se dégrade et qu’il peine à tenir éveillé. L’accumulation de petits problèmes : fatigue, traitement antibiotique, intoxication alimentaire, qui séparément n’empiète pas sur le physique, est un mélange détonnant et dangereux. Je lui propose de prendre le volant, qu’il me transmet métaphoriquement lors d’un arrêt aux fins d’uriner.

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Je me familiarise avec le véhicule ; étant donné que depuis douze ans, j’ai conduit sur tous les continents, dans les plus grandes villes du monde, dans les endroits les plus risqués, je ne mets pas longtemps avant de m’acclimater à la conduite et commence même sur une route dégagée, à appuyer sur le champignon. Isselmou, me voyant conduire un peu trop rapidement à son goût ne parvient pas à trouver le sommeil, mais les kilomètres défilant et la souplesse de ma conduite lui inspirent confiance. Et c’est après seulement cinquante kilomètres, qu’il se plonge dans les bras de Morphée. En plus du bruit du moteur, nous sommes accompagnés par un ronflement revigorant pour notre guide qui doit être en forme pour le long périple qui nous attend. Pour aller loin, il convient de ménager sa monture…ou du moins, son cavalier. Qui plus est, lorsque la monture présente des signes d’essoufflement. En l’espèce, un bruit inquiétant de la roue avant droite. Lorsque je préviendrai Isselmou, il m’expliquera que le problème n’en est pas un. Malheureusement, quelques jours plus tard, l’obligation de changer l’essieu en plein désert me donnera raison.

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La nuit à Atar dans le campement les étoiles maures

Moins de quatre heures plus tard, et après un arrêt improvisé sur le bord de la route afin de découvrir des paysages somptueux, nous entrons dans la banlieue de la ville d’Atar.

Isselmou, revigoré et rasséréné reprend le volant pour nous conduire dans notre hôtel, une sorte de camps au cœur du désert. Il fait nuit pour que nous puissions apercevoir l’étendue des dunes qui nous entoure, mais comme par magie, nous développons en l’instant des capacités possédées par les mammifères nyctalopes et pouvons nous représenter l’étendu du paysage alentour au travers d’un simple ressenti.

Nous faisons connaissance avec le propriétaire du campement, un érudit fréquentant depuis plusieurs années une Française et pouvons nous reposer quelques instants dans notre chambre, une pièce basique comportant deux lits simples séparés mais disposant de tout le confort requis.

Le site est tenu par Cheibany Med Moustapha qui propose également des voyages dans le désert. Il est joignable au 00222 46 55 35 35. Ou sur le site www.lestoilesmaures.net

Nous sommes rapidement appelés pour le dîner. En entrée, quelques beignets et une soupe accompagnés d’un jus de fruits frais. En plat principal, du poulet servi avec des frites. En dessert, un peu de glace. Le repas est succulent ; les produits travaillés sont frais et appétissants. En outre, le prix du repas est accessible, tout comme celui de la nuitée. Nous en avons pour deux, hôtel, dîner et petit-déjeuner compris, pour un peu moins de cinquante euros.

La nuit, malgré notre fatigue de la journée, nous profitons du silence ambiant pour nous détendre ; assis, les pieds dans le sable, Murielle, ma collaboratrice et moi-même refaisons le monde et jusqu’à tard dans la nuit, nos réflexions métaphysiques nous transcendent.

Le lendemain matin, le petit-déjeuner est aussi solide que le dîner de la veille ; en outre, au cœur du désert du Sahara, quelle surprise de trouver du fromage : « Vache qui rit » et du : « Nutella »

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La découverte de la ville d’Atar

Isselmou effectue d’abord une halte dans sa maison, afin de préparer le matériel nécessaire pour l’excursion qui nous attend ; afin de régler l’administratif des sociétés de construction qu’il possède, il conduit son neveu à la banque ; supputant le temps d’attente, il nous arrête au centre-ville d’Atar et nous laisse entre les mains d’un jeune guide dynamique et performant : Ahmed Medsalem. Il est joignable au 00222 310 90 538 ou sur le 00222 220 872 08. Il a également une adresse email

En sa compagnie, nous arpentons l’entrée du centre-ville, de ses trottoirs emplis de vie, de ses petites boutiques et de son rond-point emblématique, porte d’entrée du désert.

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Nous traversons la route et rejoignons le cœur du marché local, un endroit plein de vie qui fourmille de monde ; les fruits frais sont vendus à la criée et les habitants, un peu surpris de découvrir des étrangers curieux s’intéresser à leur vie quotidienne.

Les femmes vêtues de vêtements colorées sont un peu timides à notre passage, mais rapidement, nous nous fondons dans le décor ; les hommes, en ce qui les concerne sont bien plus farouches, n’hésitant pas à plaisanter avec nous ou à nous questionner.

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Nous quittons l’allée du marché local des fruits et des légumes pour découvrir la cuisine typique de la Mauritanie ; dans un restaurant, de la viande de chameau, qui est en réalité de la viande de dromadaire, animal omniprésent dans ce coin du Sahara, est coupée par morceaux aux côtés d’une marmite dans laquelle, du riz en grande quantité, cuit.

Un peu à l’écart, une femme porte son bébé sur le dos en touillant une cuillère en bois dans une marmite de légumes.

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Nous continuons notre découverte de la ville en rejoignant un marché aux biens dans lequel se vendent des habits et des ustensiles de cuisine. Les vendeurs ayant peur d’être pris en photo se retournent à notre passage, mais après que Ahmed les a sermonnés, ils acceptent notre présence facilement.

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Non loin de là, le marché à la viande où deux animaux prédominent dans les étals : la chèvre et le dromadaire. Le boeuf étant absent et le poulet, conservé et vendu dans les épiceries sous forme congelée.

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Isselmou nous rejoint alors devant le marché artisanal afin que nous puissions acheter le charbon de bois et la viande nécessaire à notre voyage de plusieurs jours dans le désert. Pour le reste des courses, nous nous rendons dans une épicerie afin d’acheter 24 bouteilles d’eau, des sodas, trois poulets congelés que l’on parviendra à garder près de 3 jours sans chaîne du froid, ainsi que des friandises, du fromage type : « Vache qui rit », du fromage en carré, ainsi que du café en poudre. Nous achetons également quelques soupes ainsi que des fruits et du pain.

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Nous en avons pour à peu près 25 euros, le temps de tenir trois jours avant de retrouver la civilisation et les épiceries qui vont avec.

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Dans l’épicerie, nous faisons également connaissance avec Geneviève Courbois, la responsable de l’association : « Les enfants du désert » qui nous invite à découvrir son travail dès notre retour dans la ville.

Isselmou obligé de repartir, un cordonnier nous invite à découvrir sa boutique ; à l’intérieur, nous découvrons une ambiance typique des cordonniers d’autrefois.

Le cuir est travaillé intégralement et grâce à des machines archaïques mais au fonctionnement toujours vivace, plusieurs paires de chaussures sortent de l’atelier chaque jour.

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Le départ dans le désert et nos premières impressions

Juste avant de partir, Sidi, notre cuisinier et ami d’Isselmou nous rejoint ; enjoué, il nous salut et s’assoit dans la voiture à côté de Murielle.

En entrant dans le Sahara, un sentiment de plénitude nous envahit ; le décor changeant, la civilisation disparaît au profit de grandes étendues ; si les dunes brillent encore par leur absence, ce n’est pas le cas des roches qui couvrent une grande surface du désert.

En l’espace de quelques kilomètres, un troupeau de dromadaires sauvages s’éloigne à notre passage ; nous devançons les animaux, pour mieux leur laisser le temps de s’approcher de nous, étant donné que nous nous plaçons sur leur chemin de traverse ; les dromadaires au nombre d’une petite vingtaine sont assez craintifs ; certains d’entre eux s’arrêtent malgré notre présence, pour manger les maigres buissons ardents qu’ils trouvent sur leur chemin. Mais leur repas n’est pas serein, constamment, ils se redressent afin de voir si les étrangers que nous sommes ne s’en approchent pas d’un peu trop près.

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La famille de nomade

Alors que nous venons de quitter la civilisation et que les dernières maisons croisées ont disparu depuis plus de deux heures, nous apercevons sur le bord de la route, quelques tentes disséminées dans ce qui semble être un petit village.

Isselmou nous explique qu’il s’agit d’un campement de nomades, dont il ne connaît pas les membres. A notre demande, il décide de s’y arrêter. A notre arrivée, Isselmou part rejoindre le chef de famille, tandis que nous patientons à l’extérieur, rejoints rapidement par plusieurs enfants, interloqués par notre présence.

L’hospitalité du Sahara étant intacte, le chef nous invite à entrer dans sa tente pour partager le thé, un moment fort important pour les nomades du désert.

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Nous retirons nos chaussures et faisons connaissance avec le patriarche qui nous salue ; sa femme, accompagnée de plusieurs enfants s’assoient à nos côtés ; le thé est préparé avec une forte dextérité ; à plusieurs reprises, la femme laisse s’écouler le liquide en remontant de plus en plus haut la théière. Et ce sans en verser une goutte sur le sol.

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Le thé à la Mauritanienne est particulier ; trois verres sont proposés aux convives : un premier jet très corsé versé en petite quantité, un deuxième plus doux à moitié rempli et un troisième agréable à boire rempli à raz-bord.

Durant la conversation, la femme sort quelques objets fabriqués artisanalement avec des pierres récupérées dans le désert ; les enfants quant à eux, nous proposent pour deux euros, des pointes de silex qu’ils ont récupérés dans le désert qui en comporte des milliers.

Nous tenons dans les mains des objets qui ont pour nombre d’entre eux, plus de 50 000 ans ; nous décidons d’en acheter deux. Dans le même temps, nous distribuons aux enfants quelques peluches et un gâteau français.

Alors que nous saluons nos hôtes, d’autres familles ayant entendu parler de notre présence nous rejoignent afin de nous saluer et éventuellement nous proposer quelques objets artisanaux…dans cette partie du Sahara, les clients ne sont pas légions.

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La pause déjeuner

Après deux heures de route et plusieurs arrêts, dont un pour découvrir la cadavre d’un dromadaire séchant sur le sol et un autre pour voir Sidi nous ouvrir un melon du désert, ces fruits non comestibles appréciés des animaux, Isselmou nous propose de faire une pause pour déjeuner et boire…du thé. Le véhicule s’engouffre un passage dans une sorte de champs de plantes vertes de plusieurs mètres de hauteur ; le dernier plant franchi, un arbre au milieu du désert semble avoir été planté uniquement pour nous recevoir ; Isselmou place le véhicule à l’ombre ; une couverture est posée sur le sol ; Sidi commence à préparer le thé.

Pendant ce temps, nous visitons une vieille maison, en pleine rénovation…du moins, les fonds manquant, la rénovation dure depuis plusieurs années.

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Lorsque nous retournons vers Sidi et Isselmou, nous faisons connaissance avec un nomade et son dromadaire ; nous l’invitons à boire le thé ; l’homme se joint à nous.

A l’ombre, nous profitons de cette discussion entre le nomade et Isselmou pour nous assoupir ; en ce milieu d’après-midi, les rayons du soleil ne donnent pas envie de se mouvoir inutilement ; nous profitons du désert à la mauritanienne : avec calme et volupté.

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Nous mangeons rapidement quelques morceaux de pain, accompagnés de fromage et buvons un thé qui nous hydrate tout en nous apaisant.

Mauritanie Nomade

Le site de Sebkha Chemchane

Nous reprenons la route vers le site de Sebkha Chemchane, une sorte de désert de sel, séparé par un monticule de roche, qui se dresse dans ce salar en le découpant en deux parties équivalentes. Derrière nous, une montagne qui se dresse, majestueuse et brillant de mille feu, les rayons du soleil se projetant sur sa façade rougie et ocre.

Durant cinq minutes, et avec le paradis pour décor, Isselmou et Sidi s’agenouillent vers la Mecque pour assurer l’une des cinq prières de la journée.

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Lorsque nous arrivons sur le monticule de roche, nous découvrons une étendue désertique surprenante ; la chaleur du sol donne lieu à d’innombrables mirages, comme ce semblant de lac dans lequel nous irions bien plonger.

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Notre bivouac sur Erg Makhteir   

Nous continuons notre route durant une bonne vingtaine de minutes avant d’atteindre le site dans lequel nous allons poser notre tente pour la nuit.

Nous découvrons, posées sur un terrain rocheux, des centaines de dunes, magnifiques et semblant avoir été placées là par des hommes ; les dunes rivalisent d’ingéniosité pour s’engouffrer sur ce territoire, qu’elles grignotent à chaque mouvement du vent.

Alors que nous franchissons plusieurs dunes, Isselmou reste, pour une des rares fois de sa vie, ensablé ; malgré tous ses efforts et l’ingéniosité de Sidi, rien à faire ; le véhicule est immobilisé ; nous allons devoir dormir au cœur des dunes, ce qui nous arrange bien.

Pendant qu’Isselmou tente tant bien que mal de désensabler le véhicule, nous grimpons sur une haute dune afin d’admirer un paysage qui s’étend à perte de vue. Le vrai désert du Sahara tel que nous l’avons imaginé se dresse devant nous et nous ne pouvons que succomber à son charme ravageur.

Nous assistons ainsi à un coucher de soleil magnifique, qui dévoile au creux de ses derniers rayons, les bribes d’un paysage que nous garderons à jamais dans nos mémoires.

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A la nuit tombée, nous rejoignons Isselmou qui parvient enfin à désensabler le véhicule et à le garer sur la roche dure. Il sort sa tente qu’il nous prépare dans un trou qu’il creuse et se dirige vers Sidi pour l’aider à préparer le feu qui servira à cuire notre premier poulet.

Le repas est somptueux ; autour d’un feu de camp, assis sur une couverture rigide, le sable sous nos pieds et cette impression de bout du monde nous envahit ; le bien-être se lit sur nos visages et pour rien, nous ne souhaiterions être ailleurs.

Une fois le repas terminé, Murielle et moi-même remontons sur notre dune, après avoir salué Isselmou et Sidi, nos accompagnateurs avec lesquels nous avons passé une merveilleuse journée.

Nous assistons alors à la découverte non pas du désert mais d’une voute céleste qui s’étend à 360 degrés et qui s’illumine de mille feux ; chaque étoile perceptible par l’œil humain apparaît et jamais, au grand jamais nous n’avons assisté à un tel spectacle : en absence de pollution visuelle, l’œil capte les moindres lumières existantes et tel un hymne universel, les étoiles sont les actrices d’un film que nous sommes les seuls à voir.

Accolé à ma collaboratrice, je la découvre sous un jour nouveau, paradoxe lumineux alors que nous sommes en pleine nuit ; autrefois combative et aventurière hors pair, elle me paraît émotive et fébrile devant tant de grâce. Je commence également à changer, moi le grand reporter qui parcourt le monde depuis plus de douze ans et qui avait peur de ne plus jamais avoir des étoiles dans les yeux. Ici, en ce moment précis, plus rien ne compte ; je commence à oublier d’où je viens, où je vais, pour m’abandonner au moment présent et à une simplicité, à un retour aux sources, indescriptible mais au combien efficace.

En me couchant sur Murielle, je peux admirer le ciel dans toute sa grandeur, sans rien louper du spectacle, croyant même m’endormir lorsque je ne parviens plus à compter les étoiles tant il y en a. Et lorsque je regarde ma montre, je prends conscience que deux heures viennent de s’écouler et qu’il nous faut dormir.

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L’égarement dans le désert et la première nuit en tente

En rejoignant notre tente, nous repensons aux précautions exhortées par Isselmou si besoin d’uriner il y a. Le désert étant peuplé de fennecs attirés par l’odeur humaine, uriner ne doit se faire qu’à une quinzaine de mètres de la tente.

Etant donné que nous nous trouvons entourés de deux hautes dunes et que le chemin qui se trouve face à nous est direct, nous choisissons de le suivre pour nous éloigner d’une petite vingtaine de mètres.

La compagnie de Murielle m’est agréable ; je me jette à corps perdu dans une discussion dont la teneur est faîte de plaisanteries et de légèretés. Et ce sans analyser la position des étoiles, sans regarder où je vais, habité par une impression vague de ne pas parcourir un dénivelé qui m’éloignerait de la platitude de ce chemin, à présent agrémenté de petits cailloux dont je sens les craquements sous les pieds.

Lorsque j’estime que nous sommes assez loin, Murielle commence son affaire alors que je me tourne, jouant à effectuer des ronds de lumière avec mon téléphone portable ; les rires fusent…jusqu’à ce que je remarque que nous nous trouvons à une sorte de carrefour, centre de l’intersection de plusieurs dunes. Je ne reconnais plus rien.

Le vent aidant à l’effacement des pas, je tente sans prévenir Murielle qui ne se doute de rien de retrouver le chemin… Apercevant grâce à la lumière de mon téléphone portable, quelques petits cailloux sur le sol, je décide de suivre le chemin. Il fait nuit noire. Tout se ressemble, le sable, les chemins, les dunes…Les étoiles présentes en nombre dans le ciel ne nous aident pas.

Alors que j’ai parcouru à plusieurs reprises le Sahara, je viens de me faire avoir comme un débutant. Je le savais pourtant depuis mon séjour au Groenland, que la neige, l’océan, le sable, toutes ces étendues uniformes présentent un danger quel que soit l’éloignement. Ainsi, on a retrouvé souvent le corps de certains voyageurs…distants seulement de quelques mètres de leur bivouac. Le désert présente la même dangerosité…surtout la nuit.

Après avoir effectué quelques dizaines de mètres, sans rien y voir, je sens que le sable sous mes pieds me fait parcourir un chemin différent de celui de mon arrivée. Fort heureusement, j’ai pris l’initiative de marquer mes pas sur le sol en appuyant fortement. Je préviens Murielle…Elle ne désespère pas et me dit qu’elle l’avait remarqué, ayant marqué de la lourdeur de ses pas, le sol.

Nous décidons de rebrousser chemin. Nous retournons à la flaque encore humide, centre du carrefour.

Nous nous mettons à crier fortement, mais le vent soufflant dans une certaine direction et le son étant une onde mécanique progressive périodique, aucune chance pour qu’Isselmou nous entende. En plus, n’ayant pas bu et ayant beaucoup conversé, nous commençons à avoir grandement soif ; la situation commence à se tendre.

Nous parcourons un autre chemin, puis un autre, et encore un autre, toujours en les marquant de nos pas lourds. Une dizaine de fois, nous tentons de trouver un chemin…une aiguille dans une botte de foin…à 360 degrés autour d’un point, le nombre de potentialités est infini.

C’est alors que dans un ultime sursaut avant de décider de creuser un trou dans le sol près de notre carrefour et de nous plonger à l’intérieur jusqu’au petit matin, après trois heures d’errements, je reconnais grâce à la lumière de la torche de mon téléphone, quelques petits cailloux, qui lorsque je place mes pieds nus dessus me semblent familiers.

Nous décidons de suivre ce chemin et parvenons à apercevoir l’ombre de la tente dans laquelle nous nous engouffrons, buvons à gorge déployée ce liquide qui nous a tant manqué.

Le corps chargé d’adrénaline, nous nous enlaçons ensemble dans nos sacs de couchage respectifs et après un petit massage pour détendre nos muscles, nous nous couchons sans demander notre reste.

Le lendemain matin, après une courte nuit de sommeil, nous nous réveillons dans un décor encore plus idyllique que la veille. Non loin de notre tente, Isselmou et Sidi déjà à l’œuvre dans la préparation de notre petit-déjeuner. Lorsque nous sortons, sentant le sable frais sous nos pieds nus, nous tournons la tête et découvrons que le carrefour, centre de notre égarement de la veille ne se trouvait qu’à une vingtaine de mètres.

Nous apercevons également quelques traces de pas non loin de notre tente : « des coyotes » nous dit Isselmou. Une raison de plus d’avoir trouvé notre chemin.

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Erg Makhteir   

Lerg Makhteir dans lequel nous nous trouvons depuis la veille est un massif de dunes couvrant l’Ouest algérien jusqu’au rivage de l’Océan Atlantique. Naissant sous le nom général d’Erg Chech, il finit sa course dans l’océan sous le nom d’Azefal.

Isselmou qui connaît parfaitement le site nous emmène aux pieds d’une haute dune, peut-être la plus haute du secteur.

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En sa compagnie et après un effort important, tant la montée d’une dune se révèle fastidieuse, chaque pas amenant sous nos pieds un peu plus du sable instable qui se trouve dans les hauteurs, nous arrivons jusqu’au fait de la dune et découvrons le désert dans sa splendeur la plus totale. Un dernier effort et nous pouvons enfin nous asseoir sur ce pseudo toit du Sahara. Ce n’est pas encore l’Everest, mais la hauteur nous suffit pour avoir une vue pleine sur l’imposante montagne aux formes brutes qui se dresse face à nous, une sorte de table sur laquelle aucun repas ne viendra jamais être posé, mais qui nous donne envie de partager un moment de convivialité, que nous vivons tous ensemble.

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Le tarf Tazazmout

Nous continuons de longer l’Erg Makhteir, jusqu’à arriver après deux heures de route et plusieurs dunes traversées jusqu’au cap du plateau de l’Adrar : « le tarf Tazazmout »

Alors que Sidi, sous un arbre prépare le thé ainsi que le feu pour commencer à cuire notre deuxième poulet, nous découvrons le paysage alentour…le sable est omniprésent, mais il est agrémenté d’arbres et de plantes dont le vert tranche avec un décor lunaire.

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Nous accompagnons Isselmou qui se dirige vers un éleveur de chèvres, profitant d’une source d’eau pour s’abreuver. Le troupeau constitué d’une centaine de têtes bêle à haute voix. Le fils de l’éleveur s’amuse à plusieurs reprises à regrouper les animaux récalcitrants qui se dispersent, afin de reconstituer le troupeau.

Les animaux, à tour de rôles boivent de l’eau que le jeune homme, lorsqu’il ne court pas derrière ses bêtes, puise au fond du puit.

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Pendant ce temps, le patriarche profite du thé que lui offre Isselmou. Lorsque vient le moment du repas, nous partageons tous ensemble le pain et la viande.

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El Beyyed

En continuant un peu notre route, nous arrivons dans le village d’El Beyyed, le village de naissance d’Isselmou, dans lequel, à peine garé, il voit arriver vers lui plusieurs femmes qui lui serre la main, une sorte de scène cinématographique ou tel un prince arabe, il est remercié par ses sujets. En quelques instants, les enfants les plus jeunes se pressent pour découvrir les étrangers que nous sommes.

Après une distribution de quelques friandises, le maître d’école nous invite à découvrir sa classe où il enseigne les rudiments de la lecture à des élèves consciencieux…ou du moins, les premières minutes…mais un enfant étant ce qu’il est, il ne faut pas longtemps pour que l’enseignant soit dans l’obligation de hausser le ton pour obtenir un semblant de calme.

Alors que nous assistons à la classe et écoutons les élèves, à tour de rôle, se présenter au tableau pour ligne des lignes écrites en arabe, nous entendons quelques élèves tousser fortement. Suspectant une grippe, nous tentons de ne pas nous en approcher.

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En quittant la salle de classe, nous sommes rejoints par plusieurs femmes qui nous proposent des objets artisanaux, mais nous n’avons pas le temps de les regarder que le chef du village nous invite à le rejoindre dans sa tente.

Alors que Isselmou est remercié comme il faut pour les bienfaits et les contributions financières qu’il apporte au village dans lequel vivent encore deux de ses frères, une femme, sorte de Cléopâtre et fille du chef, une beauté énigmatique vêtue de son foulard orange qui lui donne un côté ensoleillé, nous prépare avec dextérité le thé.

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Dans la tente, plusieurs personnes, adultes comme enfants toussent également fortement. Ce que nous suspections comme étant une grippe ou un refroidissement prend de plus en plus la forme d’une coqueluche. Isselmou préviendra le médecin dès qu’il sera de retour dans la ville d’Atar.

En attendant, la fille du chef nous demande de la suivre à l’extérieur. Elle s’agenouille et commence à frapper sur le sol, une pierre qu’elle façonne en objet artisanal en quelques mouvements de poignet.

Le musée de la préhistoire

Le chef souhaite nous présenter son musée de la préhistoire, qu’il gère depuis plus de 10 ans, ayant été aidé par un Français qui lui a demandé un jour de préserver les nombreux fossiles présents sur le secteur.

Nous payons deux euros l’entrée et découvrons dans une sorte de hutte en paille, des silex, des bifaces, des œufs préhistoriques et des fossiles. Des objets que nous pouvons prendre dans les mains et que nous côtoyons…des objets datant pour certains de plus de 50 000 ans, des objets qui au sein de nos musées se trouvent derrière des vitres pare-balles.

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Nous écoutons durant près d’une heure, le chef du village, la denture abîmée par une absence de soins, nous conter avec force et conviction l’histoire de la région, une érudition insoupçonnée lorsque l’on voit pour la première fois cet homme de près de 90 ans.

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Un musée surprenant à l’intérieur duquel les spectateurs en sont également les acteurs.

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Pour la première fois de nos vies, nous tenons dans le creux de nos mains, un morceau de l’histoire de l’humanité et délicatement, chaque pièce que le chef nous tend, passe de main en main avec la plus grande des précautions. Des œufs d’autruche jusqu’à un fusil datant du début du 20 ème siècle.

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Gravure rupestre de Leglatt

Toujours accompagnés du chef, nous nous dirigeons à moins de cinq kilomètres du village pour découvrir un site de gravure rupestre datant de près de 12 000 ans…tout comme le musée, le site n’est pas protégé et en outre, l’accès est libre.

Sur plusieurs gros rochers, sont représentés des échantillons de faune dite « éthiopienne » comme girafes, éléphants, rhinocéros, des animaux disparus de la zone depuis plusieurs millénaires.

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Alors qu’en France, les sites de gravure sont protégés et limite, interdits d’accès, ces pans de notre histoire sont laissés à la libre disposition des visiteurs…sur certains rochers, des écritures en arabe semblent plus modernes et avoir été faits par des enfants…Mais le chef nous certifie l’authenticité de chacune des gravures.

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Le sacrifice de la chèvre

En retournant au village, Isselmou nous apprend que le sacrifice d’une chèvre va être effectué en notre honneur et que si nous le voulons, nous pouvons y prendre part.

Depuis plus de douze ans de voyage, je n’ai jamais assisté à l’égorgement d’un animal de taille importante comme une chèvre ; malgré le fait que je sois omnivore et que j’apprécie la viande, j’ai des difficultés avec la mort d’un animal…réaction hypocrite de ma part, les steaks que je mange ne finissent pas dans mon assiette sans avoir eu pour cause, l’abattage d’une vache.

Je décide d’y assister. Je rejoins le frère d’Isselmou qui me présente l’animal, qui me regarde droit dans les yeux et fixe mon appareil à photo. Peut-être pense t’il à prendre sa meilleure pose pour la postérité…jusqu’à ce que trois nomades dont Sidi le saisissent de force pour le placer sur le sol et commencent à prononcer quelques mots religieux en arabe.

La chèvre me fixe, je la regarde…la chèvre me regarde, je la fixe…un coup de couteau placé en-dessous de la carotide la fait gémir fortement. Dans un dernier râle, elle semble m’insulter et placer son sabot comme un énorme doigt d’honneur. Ma présence suffit à être responsable de sa condition.

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Je ne peux regarder la scène, mais je me force à être courageux ; Murielle qui se trouve à mes côtés, semble plus habituée, la faute dit-elle à une grand-mère qui tuait elle-même ses propres cochons…avec des grognements bien plus bruyants.

La chèvre, une fois morte est transportée, puis accrochée à un arbre pour y être dépecée. Chaque partie de la chèvre est ainsi découpée, puis placée dans des gamelles en aluminium. Dans le désert, rien ne se perdra de l’animal.

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La deuxième nuit en tente

Nous rejoignons l’extérieur du village, pour placer notre tente dans le creux d’une dune ; Isselmou ne souhaitant pas que notre mal de dos de la veille, due au placement de la tente sur un sol non plat, se reproduise, il nous égalise le sable sur lequel nous posons nos matelas.

Le nuit tombe rapidement. Autour d’un feu de barbecue, Isselmou qui s’est absenté revient accompagné du chef du village et de Jaqueline…la chèvre surnommée ainsi en l’honneur d’un ancien animal de compagnie que je possédais…ou du moins, pas la chèvre entière mais quelques morceaux. Ainsi que de grands bouts de bois pour faire un feu de camp.

Alors que tous les convives mangent la chèvre sans restriction…même Murielle qui s’adapte bien à la vie à la dure, je ne peux avaler un morceau de cet animal que j’ai vu occire sous mes yeux. Je me contente du riz, après avoir avalé un morceau…pour l’honneur.

Isselmou et Sidi nous allume un grand feu de camp et nous demande s’il peut rejoindre ses frères ; une grande fête est donnée au village en l’honneur de son arrivée.

C’est ainsi qu’autour de buches qui crépitent, sous une voute céleste encore plus majestueuse que la veille, entouré de sable, nous nous retrouvons seuls, Murielle et moi. Cette partie du désert étant un peu plus froide que le secteur de la veille, nous nous rapprochons l’un de l’autre.

Nous refaisons ainsi le monde qui en cet instant peut bien tourner comme il veut. Nous ne nous soucions de rien d’autres que de profiter de ce moment de plénitude, une sorte de transe sans hallucination.

Durant de longues heures, nous parlons et prenons conscience des points communs qui nous rapprochent. Je découvre une collaboratrice émouvante qui m’apprends autant que je lui apprends, un paradoxe alors que je souhaitais la former au reportage de terrain. Elle s’acclimate ainsi sans jamais se plaindre à un voyage rude, ne pinaillant jamais sur des détails, n’exigeant pas de confort logistique et en plus de m’assister grandement, elle est toujours à l’écoute. D’une amie, elle est devenue en peu de temps une collaboratrice, puis commence à être une âme-sœur.

Et c’est ainsi soudés, que nous nous endormons après avoir profité jusqu’au dernier moment, de ces braises qui ont illuminé notre soirée. Une soirée dans le dénuement le plus total mais pourtant si riche qu’elle en paraît ostentatoire.

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